Le film Silvio et les autres, signé Paolo Sorrentino est sorti sur nos écrans le 31 octobre dernier. Ce biopic sur Berlusconi est-il la digne suite de La Grande Bellezza ? L’acteur principal est Toni Servillo, acteur fétiche de Sorrentino, grimé en Berlusconi.

Silvio et les autres acteur jouant Berlusconi
capture Youtube : Toni Servillo en Berlusconi

Ferai-je la première critique en français du film Silvio et les autres ? Je n’ai pas encore trouvé de critique française de Loro 1 et Loro 2, sortis en Italie il y a 6 mois. Je ne pensais pas faire de 3e critique de film dans la foulée de Mademoiselle de Joncquières d’Edouard Baer et les mensonges de La la land. La critique de cinéma n’étant pas spécialement mon domaine.

Vous découvrirez à la fin de cet article, le HiScore que j’ai créé (Hi pour Hommes d’Influence). Désormais, quand je parlerai d’un film, je lui donnerai son HiScore, une note basée sur 5 critères.

Silvio et les autres : une fresque mondaine

Qui est Paolo Sorrentino ?

Réalisateur et scénariste, il est l’auteur de 9 longs métrages, 4 courts métrages et 3 téléfilms. Il a débuté en 2001 avec L’homme en plus. Il accède à la reconnaissance internationale avec son 2e film Les conséquences de l’amour, sélection du Festival de Cannes en 2004. Il reçoit son premier prix du jury du Festival de Cannes en 2008 pour Le Divo, une biographie romancée de l’homme politique italien Giulio Andreotti. En 2013, il réalise La Grande Bellezza (son chef-d’oeuvre selon moi), puis Youth et la série à succès avec Jude Law, The Young Pope.

Parallèle avec La Grande Bellezza 

La Grande Bellezza est une actualisation magistrale de La Dolce Vita, film culte des années 60. Ces deux films mettent en scène les mondains de leur époque :Silvio et les autres comparatif avec la dolce vita

  • La Dolce Vitale désœuvrement des mondains, au milieu d’une Italie en miracle économique (1950-1965)
  • La Grande Bellezza = une mondanité en plein catharsis de fête et d’art conceptuel, dans un contexte de marasme économique.

Soit l’exact contraire. Lorsque l’on tente de faire l’exégèse des 2, on arrive à la conclusion provisoire suivante : le mondain est l’envers tragique de la société réelle. Quand l’une pleure, l’autre chante, et vice versa.
La critique du film Silvio et les autres sera donc teintée de La Grande Bellezza. En effet, je conçois, à titre personnel ces 2 films comme un diptyque. C‘est-à-dire comme une œuvre composite à considérer dans sa globalité.

Silvio et les autres fresque mondaine
capture Youtube : extrait de la bande annonce du film Silvio et les autres

Est-ce vraiment un biopic sur Berlusconi ?

Pour moi, Silvio et les autres n’est pas un biopic sur Berlusconi. En fait, il échappe aux conventions cinématographiques du biopic. C’est un long métrage sur une certaine société italienne. Une société plus commerçante, plus Bling, plus politique, plus arriviste et nouveaux riches que La Grande Bellezza. Berlusconi vient à jouer ce rôle non pas parce qu’il lui serait distribué d’office, mais parce qu’il tire la couverture à lui.

Berlusconi n’est pas l’épicentre du film

Première clé que de lecture de Silvio et les autres : c’est un « biopic » où le personnage incarné par l’acteur principal n’hérite pas de facto de son statut de personnage central. Il gagne son statut de personnage central par tout un tas d’artifices, de talents, de convictions, de charisme, de démonstrations de valeurs … Tout cela faisant qu’il attire les regards à lui, plus que les autres.

Cette première hypothèse interprétative semble être confirmée dans l’interview de Sorrentino pour Konbini. Il y mentionne le talent premier de Berlusconi : capter la lumière des projecteurs.

Un monde de corruption et de jouissance

Maintenant que l’on a dit que le film Silvio et les autres n’est pas un biopic, ce qu’il prétend être. Les sous-jacents à « l’action » sont la corruption et la jouissance à la cour du roi. C’est un film de cour, de trafic d’influence. Mais comme nous sommes en République, le roi n’est pas un monarque. Le roi est le parlement, le fameux il Senato, le Sénat italien. D’où la réplique mise en avant dans la bande annonce de Silvio et les autres : « convincere 6 senaroti a passare dalla mia parte« .

Silvio et les autres Berlusconi
capture Youtube

Parlons de l’intrigue

Sur ces arrière-plans se déroulent, non pas une intrigue, mais deux intrigues. C’est là que selon moi Sorrentino commence à se mélanger les pinceaux.

Imbrication de deux intrigues

  1. La première est la vie d’un intrigant, fils d’industriel, entre putes et cocaïne (pas le genre d’homme idéal). Il rêve d’entrer à la cour du Cavaliere. L’intrigant est dans la première partie de sa vie, c’est un jeune de 30-35 ans.
  2. La seconde, un Berlusconi vieillissant et affaibli, exfiltré de la vie politique. Il tente de se remotiver à remonter en selle.

Donc un intrigant qui va crescendo et un Berlusconi qui va decrescendo.

Silvio et les autres comparatif
capture Youtube : un intrigant crescendo et un Berlusconi decrescendo

Parenthèse contexte historique

Fin des années 2000, début 2010, l’empire européen, auquel l’Italie est asservie en tant que membre à l’UE, a délégué un de ses starship troopers, Monti pour tenter de mettre en place la politique de rigueur voulue par Bruxelles, avec taillage dans les dépenses publiques. Sauf que Berlusconi a vu ça comme meurtrier pour le futur de sa carrière politique. En plus de cela, l’Italie a une dette supérieure à la France. En réalité une partie de cette dette est due aux intérêts. En fait, l’Italie emprunte sur les marchés à des taux d’intérêt au moins 50 % supérieurs à ceux de la France. C’est le différentiel de ces taux d’intérêt qui explique que la dette de l’Italie soit supérieure. En réalité c’est un pays plus industrialisé que la France. Sa balance d’excédant/déficit commercial est plus favorable.

Les « plus » et les « moins » du film

Un rythme qui perd le spectateur

Sorrentino n’est pas donc arrivé à établir la jonction entre ces deux histoires. Elles s’imbriquent finalement assez mal. La preuve en est qu’en Italie le film n’est pas sorti en un opus mais en deux. Il y a un gros problème au niveau du montage qui n’est pas perceptible dans la bande annonce. Cela disqualifie, selon moi, Silvio et les autres de la reconnaissance qu’a obtenu son aîné.

Le résultat final a d’immenses disparités de rythme, résultat on se perd. Surtout, il n’est pas arrivé à encastrer ces deux histoires. Finalement, Sorrentino se débarrasse de ses personnages avec violence et incohérence. Le mondain, l’intrigant disparaît, on ne sait pas ce qu’il devient. C’est aussi le cas d’autres personnages.

Autre limite du film. Quand on demande à un réalisateur de présenter son film et qu’il répond « je ne sais pas », c’est qu’il y a un ou des gros problèmes en amont.

Un bijou technique

Silvio et les autres les femmes dans le film
capture Youtube

Les forces de Sorrentino y sont, la psychologie et le rapport homme/femme. Le rapport Homme/femme est absolument tragique. Les femmes, italiennes, sont dénuées de toute vertu / missions qu’elles soient assignées par la société ou par elles. Elles sont passées comme monnaie d’échange entre des hommes. Hommes qui détiennent le rôle de sénateur / les marchés publiques /l’argent / le pouvoir /les médias.

Tout cela sous une débauche d’effets et une maestria technique. Ce qui fait que de toute façon même dans ses mauvaises réalisations, ce sont les meilleures images de fête. C’est incroyable le talent qu’il a à filmer le dionysiaque. Il filme paradoxalement très mal le sexe, à moins que ce ne soit voulu, pour montrer la cruelle laideur de ces hommes.

Les lumières, les plans, les travellings, les cadrages, les détails sont sublimes. C’est onirique, c’est surréaliste, c’est fin.

HiScore

Mon HiScore objectif et subjectif  selon 5 catégories

HiScore du film Silvio et les autres
les notes (la note des chatons 7 est pour l’instant un exemple)

Mettez vos notes en commentaire, si vous l’avez vu. A défaut, notez l’intérêt qu’il suscite en vous. Je publierai lors de ma prochaine critique de film, votre note et le HiScore ainsi obtenu.

Propos rapportés par LaureG


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1 commentaire

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  • Vu en italien, version loro 1 / loro 2. Les deux parties sont assez distinctes.

    Une hypothèse concernant le traitement brusque du personnage de Sergio Morra et de tout un tas de personnages « secondaires »: que cela soit fait pour mieux montrer un Silvio seul/inatteignable, qui pose en permanence son masque entre soi et les autres (même les plus proches), qui aidé par un austère personnage (Paolo) gère ses relations sociales en construisant des « murs invisibles ». Sergio Morra s’écrase tout bêtement contre l’un de ces murs…
    Le diptyque suggére d’ailleurs que le vrai pouvoir se trouve ailleurs, bien caché et soucieux de son anonymat (« Dio ») : Berlusconi serait donc une sorte de représentation carnavalesque de ce pouvoir, une mise en scène perpétuelle qu’il est -tristement- le premier à croire.