Retour des fiches de lectures avec un livre coup de poing : L’homme tue et la femme rend fou, de Philippe de Vulpillières. Votre sociologue préféré a chaussé ses lunettes, l’a disséqué, résumé, critiqué, et vous en livre de généreux extraits en bonus. J’ai même mis les citations en image.

Qui parle (Philippe de Vulpillières)

Du même auteur

L’homme tue et la femme rend fou est son premier livre.

Résumés (x2)

Short story de L’homme tue et la femme rend fou

En cédant à l’injonction cathodique de plaire, la femme place l’homme devant une double proposition (aporie) l’enjoignant à choisir le moindre mal parmi les deux scenarii suivants

  1. la poursuite du plaisir à tout prix, entraînant à son tour
    1. l’affront cuisant de l’échec
    2. l’instabilité morale de la société qui vacille sur ses structures, l’homme perdant son rôle de boussole morale sous les assauts incessants de ses trois ennemis (la chair, le monde et le démon)
  2. Le retour à une néo-chasteté (« celui qui résiste aux plaisirs couronne sa propre vie » ~ La Bible)

La femme quant à elle, passant d’une libido narcissique de type F (trouver l’homme à l’ombre duquel elle resplendira, comme un jardin s’épanouit derrière un mur d’enceinte) à une libido objectale de type H (« consommer » de jeunes amants appétissants tant qu’elle dispose encore des moyens physiques le lui permettant), étant condamnée au marécage relationnel puis, passé 40 ans, à une chasteté de facto (ie subie).

Long story de L’homme tue et la femme rend fou

  • Par une mise en avant subliminale permanente de la beauté et de la jeunesse par la société festive cathodique, l’individu contemporain est lancé à son corps défendant dans l’arène de la séduction ; compétition de tous contre tous (ou plutôt, de tous pour toutes) qui récompense la valeur mondaine au détriment de la valeur morale
  • Or dépourvu de prise majeure sur sa valeur mondaine (notamment la beauté et la jeunesse), l’homme encourt le risque de la folie, broyé par le mépris de la part du beau sexe dont il fait la gloire
  • Une folie pluri-formes, notamment lorsqu’elle s’insinue dans les contextes intra-familiaux où elle prend généralement le visage de l’inceste
  • Folie et décadence mues en holocauste psychique généralisé et confrontées au déni du versant obscur de la femme (postulat contemporain)  : un dilemme dépassé  ex post par l’hypothèse du caractère intrinsèquement inférieur des valeurs masculines (la plupart des criminels sont des hommes, confère les statistiques des prisons), morale déficiente de l’Homme avec un grand H qui ferait de tous les hommes du quotidien (avec un petit h) des oppresseurs naturels, quand bien même cette oppression s’opèrerait à leur insu
  • D’un troisième Reich racialiste, où la catégorie auto-désignée supérieure opprimait les races subalternes, nous sommes entrés dans un Reich festivus, où par un tour de passe passe idéologique le dominant (la femme) serait aussi l’opprimé 
  • En adhérant à une vision pervertie du vrai et du faux, du bien et du mal, l’esprit de l’individu n’est plus en mesure de penser ses sensations (le cerveau ne décode plus les messages du coeur)
  • Le couple traditionnel, basé sur une partition des pouvoirs « féodale » entre l’homme et la femme, favorisait l’émergence d’un sentiment de dépendance mutuelle, lui-même dossier d’une structure émotionnelle stable (explicitation claire des rôles de H et F, sans renégociation au fil de l’eau). En comparaison, le couple moderne, en promouvant l’égalité hommes-femmes, implique d’ambiguës renégociations des rôles et des réflexions à mi-parcours, sorte de défi permanent de l’ambivalence auquel la doxa collective prescrit comme remède l’injonction de « communiquer »
  • En endossant la responsabilité du nous, le père obligeait l’enfant à tourner le dos à son petit je (petit jeu) tyrannique. Sans affirmation marquée d’un rôle paternel (NDLR : qu’il soit ou non incarné par l’homme ?), l’enfant fille ou garçon risque de subordonner le bien commun au bien individuel, la vie en société à ses exigences propres.
    • Petite F perd son plafond symbolique (H), H que le besoin immanent de justice et de vérité empêchent de divaguer et qui canalise F en restreignant son pouvoir de destructivité psychique au service (et non à l’encontre) des siens
    • Petit H perd son plancher symbolique (F), regard de F qui seul peut l’empêcher de se haïr et de faire usage de sa destructivité physique contre les biens communs

Citations de L’homme tue, la femme rend fou

L'homme tue et la femme rend fou, citation #1
« La femme étant
la gloire de l’homme,
il recherche
son approbation »
L'homme tue et la femme rend fou, citation #2
La France est
intellectuellement séquestrée par une mère maquerelle
(le féminisme), entourée
de chiennes de garde

Autres citations

« Le message subliminal de l’accoutrement provocant est, si je ne m’abuse, relativement clair : remarque-moi, reluque-moi, puis séduis-moi ~ si tu brilles ~, sinon va te faire foutre ! Or cette injonction permanente se termine en va te faire foutre pour presque tout le monde… ce qui est assez insultant et ne contribue pas à la sérénité des citoyens »

« Si l’homme est en quelque sorte le plafond de la femme au sens où il l’assiste de sa sagesse (justice et vérité) pour lui éviter de divaguer et pour la conduire à ne faire usage de sa destructivité psychique qu’au service des seins et du bien commun, la femme est en quelque sorte le plancher de l’homme au sens où elle l’assiste de sa tendresse (paix et amour) pour lui éviter de se haïr et pour le conduire à ne faire usage de sa destructivité physique qu’au service des siens et du bien commun »

« L’éducation exige une prédominance successive d’abord de la mère (tendresse), ensuite du père (sagesse) dans la vie de l’enfant. Le père incarne le temps du nous, le temps de l’apprentissage des exigences de la vie en société, le temps du non à soi-même, le temps de la responsabilité, le temps du « c’est grave ». La mère incarne, quant à elle, le temps du je, le temps de l’enracinement de l’estime de soi, le temps du oui à soi-même, le temps de la permissivité, le temps du « ce n’est pas grave ». Un temps où l’enfant doit sentir que sa valeur est intrinsèque, que sa présence est une fête et qu’il dispose de vastes droits »

Concepts de L’homme tue et la femme rend fou

  • Sur l’enfantement :
    • La fonction de la femme est d’enfanter un corps physique (car / or ou donc, ce n’est pas clair) elle n’est pas capable d’enfanter un corps social. Tout au plus, elle met à profit son empathie pour méditer sur le bien être des gens et les réputations,
    • Le corps social (et son corpus de règles morales pour le bien collectif) sont l’oeuvre de l’homme, dont le rôle immanent est de discerner les structures et les interactions des systèmes (interactions composées notamment de sacrifices & de renoncements)
  • Sur les rôles symboliques et pratiques de la femme et de l’homme dans le couple : ils sont alternativement & symboliquement jardin et mur d’enceinte
    • Sur le plan physique, c’est la femme le jardin et l’homme le mur d’enceinte
    • Sur le plan psychique, c’est l’inverse
  • Sur la libido (objectale vs narcissique)
    • l’homme convoite le jardin (métaphoriquement, le sexe de la femme) sans autre forme de médiation
    •  la femme convoite le mur d’enceinte du jardin (métaphoriquement, les conditions objectives et subjectives pour tomber enceinte), mur qui n’est que la magnification du jardin
  • Sur l’autodestruction :
    • L’homme est une boussole morale, empêchant la femme de sacrifier le bien collectif à l’avantage unique des siens
    • La femme une boussole physique, retardant le recours systématique de H pur à la force brutale et l’éloignant de ses tendances à l’autodestruction larvée (toxicomanie et autres intoxications)
  • Sur la parentalité
    • Celui de la maternité est la tendresse
    • Le maître-mot de la paternité est la sagesse
  • Sur les autres différences hommes-femmes :
    • Prédisposé à faire régner la vérité et la justice, l’homme aspire à être écouté et obéi. Prédisposée à faire régner la paix et l’amour, la femme aspire à être regardée et fêtée
    • La femme (corps, émotions, songes) façonne plus spécifiquement l’inconscient de ses enfants et l’homme (parole, raison, loi) façonne plus spécifiquement leur conscience

3 gifles de réalisme que distribue l’auteur

gifles-de-realisme
« Et ma massue, tu l’avais oubliée ma massue ? »
  1. Il y a des mères qui parlent le langage de l’amour et du dévouement le plus total, qui multiplient les avances au niveau du discours mais qui, chaque fois que leurs enfants répondent à ces avances,, font preuve, inconsciemment, d’un comportement qui les repousse ; elles se montrent d’une froideur extrême, peut-être parce que cet enfant leur rappelle un homme, son père, qui les a abandonnées (…) L’enfant exposé en permanence à ce jeu contradictoire, à cette alternance de chaud et de froid, perd toute confiance à l’égard du langage (René Girard dans Des choses cachées depuis la fondation du monde, 1978)
  2. Le rôle objectif de la jeune fille en période de décroissance est de divertir par le « fun », enfumer tout le monde sur des problèmes sociétaux, puis culpabiliser et déprimer certaines catégories de la population, pour les préparer à être liquidées
  3. La virilité et la féminité ont un côté obscur : un être civilisé le réprouve, tandis qu’un barbare le libère. C’est l’explication du titre L’homme tue et la femme rend fou
    1. Le côté obscur de H est le besoin de tuer ; conjugué à sa boussole morale (voir plus haut), il doit à cet instinct de vouer une antipathie sincère à l’incarnation du mal (le Diable) et, faute de pouvoir le combattre dans le réel, lui cherche un incarnation à honnir, pourchasser et massacrer (tueurs en série, génocides collectifs, conflits armés, etc.)
    2. Le côté obscur de F, c’est de se prostituer ; en quête du client sublimé de la courtisane pure, F éprouve de l’admiration pour le Diable (dont l’incarnation approchante sera le bad boy, l’escroc ou encore le bagnard de longue peine, qui s’avèrent souvent être une seule et même personne). Admiration rapidement mue en attirance irrépressible pour le Diable qui finira invariablement par l’enfumer et l’engrosser. Ou vice et versa.

L'homme tue et la femme rend fou, citation #3

Les questions qui fâchent

(et qui ne sont pas abordées dans L’homme tue et la femme rend fou)

  1. Où est l’identification de votre point de vue ? Votre biographie officielle vous présente comme une sorte d’ex mondain pénitent, que s’est-il passé ? Quelle fonction a eu cette période de dévoiement dans votre construction cognitive ? Comme disait Nietzsche sans son fameux aphorisme sur la misanthropie, avez-vous fait une simple indigestion de festivus, comme d’autres gobent trop d’huîtres à Noël ? Si oui, qui vous a poussé à gober les huîtres en premier lieu ?
  2. Dans la religion païenne, la mesure et la chasteté n’étaient pas le fruit d’une méditation individuelle, mais d’un contrôle coercitif « doux » de son cercle (lire à ce propos mon analyse de la fonction sociale du banquet Gréco-Romain)  Comment concilier individualisme et dionysiaque ?
  3. Si l’homme viril est un homme sain (cf p.90), et que l’homme sain est par définition dénué de lubricité, comment expliquer que dans la plupart des pays latins, les hommes pourtant virils soient des obsédés sexuels ?
  4. Quelles limites à la solution religieuse dans la gestion de l’instinct sexuel masculin et féminin ? Exemple de l’Italie du Sud encore sous la coupe de la catholicité, et pourtant remplie de dragueurs invétérés et de femmes italiennes provocantes et court vêtues

L’avis du sociologue à lunettes

Lecteur assidu de quatuor Muray/Girard/Clouscard/Tiqqun, l’auteur propose un portrait acide et savoureux de la décadence, dans un formalisme qui n’est pas sans rappeler un certain La sociologie du dragueur. Si le diagnostique bien cynique est savoureux pour tout lecteur éclairé – et un peu tragique comme il se doit -, la prescription (retour à une pratique catholique fervente), et surtout sa posologie (les centaines de références bibliques freinent une lecture qui n’était déjà pas évidente) me laissent dubitatif sur leur efficacité réelle.

Note finale : 7,5/10

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Stéphane  Edouard


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2 commentaires

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  • >et surtout sa posologie (les centaines de références bibliques freinent une lecture qui n’était déjà >pas évidente) me laissent dubitatif sur leur efficacité réelle.

    oui si on est érudit et avec au moins un touche de culture traditionnelle française catholique, il est clair que le laïque moderne assaisonné à fond de maçonnisme (il y a une suite sur les zombies héhé) trouvera ça un peu ou assez hermétique.

    enfin chez moi ça glisse mieux et je le trouve brillant, je mettrait une meilleure note 8 à 9