Devez-vous lire « le séducteur », par Richard Mason ?



Le problème avec l’enfer du salariat, ce sont les millions de réunions inutiles. Le problème avec le métier de sociologue / auteur / conférencier (rayez la mention) spécialisé dans la séduction et les relations hommes-femmes (aussi appelé, par confusion, « coach »), ce sont les lectures imposées, ici Le séducteur.

Qu’en sera t-il aujourd’hui avec le dernier roman du nom, sorti cette année (2013) de la plume d’un certain Richard Mason (inconnu à mon bataillon), traduit de l’anglais par Aline Oudoul et édité par Robert Laffont ?

Critique du « séducteur » (R. Mason)

1907, Amsterdam.

Un jeune homme ambitieux au doux nom de Piet dispose pour toute arme dans sa manche d’un charme que l’auteur nous résume en un mot : « irrésistible » (mais sans qu’on sache vraiment sur quoi s’appuie cette impossibilité à lui résister, sinon un visage fin et de belles mains). Notre séducteur.

Son objectif de la matinée : décrocher le job de ses rêves, à savoir précepteur pour une famille de grand bourgeois néerlandais, le modèle haute catégorie avec père industriel et taciturne, épouse mondaine ayant échangé l’accès à ses voies génitales contre de la promotion sociale, et portée de 3 ou 4 petites filles, autant de demi-mondaines en devenir. Le reste de la maison se composant essentiellement de domestiques, nous ne les mentionneront pas ici, bien conscients que, chez ces gens-là, ces gens-là ne comptent pas, justement.

Pour ceux d’entre vous qui ne seraient pas familiers avec la littérature des 18ème et 19ème siècles (ou celle basée sur des faits qui s’y déroulent), le précepteur, chargé de l’éducation des enfants « à potentiel » de la famille en substitution de la mère (généreusement pourvue en temps libre mais trop peu en savoir, pédagogie ou intelligence quelconque – je veux parler d’une intelligence autre que celle consistant à manigancer pour parvenir à un nième échange séduction contre ressources) est l’ancêtre de ce que nous appellerons aujourd’hui le « coach ».

Notre coach / précepteur, donc, après avoir brillamment entourloupé toute la famille lors de l’entretien d’embauche grâce à sa panoplie de petits savoirs mondains (comme jouer du piano, faire de l’esprit et s’arrêter quand il le faut), entreprend de séduire la mère, alors âgée de 47 ans mais dont on nous fait comprendre qu’il lui restait toujours un peu de curiosité pour le côté du derrière (de qui est cette phrase ? Pas de Richard Mason, je vous laisse deviner).

Là, on se dit que ça va se transformer en un sorte de renversement manichéen de Fifty shades of grey, mais c’est surestimer (ou sous-estimer, car c’est un des rares livres sur lesquels je ne me sois pas encore fait d’avis, penchant toujours entre le lard et le cochon), le talent de Richard Mason, qui met tout de même 330 pages à nous faire le récit d’une série de cunnilingus ou assimilés, enfermés dans le cabinet des curiosités (qui porte bien son nom). Entreprise de séduction rondement menée donc, parachevée vers la page 290 par (enfin) la première véritable prise du corps de sa maîtresse par le soupirant, qui jusqu’alors devait la satisfaire elle et elle-seule, aussi silencieusement qu’unilatéralement.

S’en suit une tâche sur la robe (rebondissement que l’auteur a probablement découvert avec l’affaire Clinton), qui mettra la puce à l’oreille de toute la famille et conduira à l’éviction du « séducteur », aidant ainsi le lectorat féminin (dont le discernement est toujours, n’en doutons pas, hautement avancé) à confondre séduction avec manipulation, adultère et autres fellations (quand c’est en réalité tout le contraire, savoir séduire consistant pour tout esprit bien compris et bien tourné à savoir rester soi-même dans des situations sociales où les autres ne le sont pas, c’est à dire à réussir le tour de force de rester attirant tout en disant la vérité, quand les autres se contentent de recycler les mensonges qui un jour ont fait leur succès).

Entre ces deux événements, une faillite du mari, redressée in extremis par la grâce de Dieu (ou plus probablement par l’éditeur original qui doit bien connaître son public, et savoir qu’il n’a pas affaire à un Steinbeck), un enfant autiste occupé à négocier avec ses démons intérieurs (celui pour lequel Piet est originellement recruté, avant que ses attributions ne se voient modifiées par le crépuscule de l’Eros bientôt quinquagénaire de sa maitresse, surnageant entre la soie et les effluves de parfum onéreux), et une série d’autres événements mineurs dont aucun ne m’a particulièrement marqué.

Faut-il lire « le séducteur » quand on s’intéresse à la séduction ?

Il faut être franc, ce n’est pas entièrement désagréable. Pas plus que cela n’est mal traduit. On lit ça un 15 août, à l’ombre, en une après-midi, entre deux vrais livres. Il en faut, des romans comme ça : on y apprend rien, mais ils donnent du répit à l’intelligence.

Stéphane

Ps : Ah oui, j’oubliais : The independent en a fait « l’un des 3 meilleurs livres de l’année ». Une année à oublier ?

* et encore : j’aimerais pouvoir dire que les maisons d’édition mes les offrent, par cartons, mais ce n’est même pas vrai. Je dois les commander, comme tout le monde, avec mon compte Amazon Premium (vous savez, celui qui coûte 49€ et qui permet que les colis partent plus vite avec UPS, pour que le livreur UPS ne trouve finalement pas votre adresse et mette 2 jours de plus à vous les déposer)


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6 commentaires

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  • La phrase est de Louis Ferdinand Céline et non du brillant élève de Cochet qui les fait vivre sur scène. :)

  • Indice: Si vous n’avez pas trouvé, pour la citation mystère, le monsieur qui l’a prononcée est un monsieur de thé**re. :)

  • Ca se lit tres bien , je trouve. Mais on n’en sort pas granchement grandi.

    En fait, j’ai quand même été deçu. Ca part bien, on se dit que le héros va faire un truc de fou a un moment, et en fait, non. Il ne se passe pas grand chose.

  • Je retiendrai de cette critique une phrase riche de sens : « savoir séduire consistant pour tout esprit bien compris et bien tourné à savoir rester soi-même dans des situations sociales où les autres ne le sont pas ».

  • Merci pour cette critique, je ne connaissais pas le bouquin.
    By the way, je ne sais toujours pas qui a écrit/dit la phrase « la curiosité du côté du derrière », mais en tapant dans google, je suis tombé sur un site (lecoteduderriere.tumblr.com) qui m’a immédiatement rappelé le tumblr acquadisale dont un des membres du forum avait parlé il y a quelques temps.