Articulé autour d’une série d’entretiens retranscrits (resp. avec le Dr Delépine, pédiatre et oncologue, le Dr Jérôme Bernard-Pellet, médecin généraliste, nutritionniste et titulaire d’une maîtrise en bio-statistique et recherche clinique, spécialiste de l’alimentation végétarienne et végétalienne, Geoffrey Le Guilcher, auteur de Steak Machine qui raconte son immersion dans un abattoir, et Vol West – survivaliste -), cette suite de Eat par Gilles Lartigot examine les conséquences des déclinaisons de la modernité (industrialisation) sur la santé, l’alimentation, et plus largement la survie de l’individu au XXIème siècle.

Quand on est perdu, il faut revenir aux fondamentaux

Gilles Lartigot

Qui parle

Du même auteur

  1. EAT : chroniques d’un fauve dans la jungle alimentaire
  2. EAT LIVE – un Fauve dans La Jungle Alimentaire (dvd)
Dédicace de Gilles Lartigot à Stéphane Edouard

Résumé de Eat 2

Difficile de désigner avec certitude une ligne directrice à Eat 2, tant la structure évoque un agrégat d’opinions, de convictions et de certitudes – plus ou moins étayées et sourcées – quant aux causes du mal être individuel exprimé par un certain nombre de ses concitoyens.

Insistons au passage sur « un certain nombre » : je ne partage que très partiellement cette idée selon laquelle une majorité d’individus répriment secrètement leur mode de consommation, tout comme celle qui voudrait établir un lien entre leur mode de consommation.

Une perte de sens incarnée par le désormais fameux individu désencombré, libéré d’attaches rurales et de communauté religieuse, consommateur hyperactif de tittytainment et autres stimuli multimedia qui l’empêchent désormais même de dormir la nuit*, résigné devant l’extension sans limite d’un réseau de grande distribution tissant sa toile sans limite sur le territoire, asséchant les terres arables et vidant le centre historique des communes de leur commerce traditionnel.

Tittytainment à l'américaine
Le tittytainment, vu par Arnold

*Plus des trois quarts des gens que je connais ne parvient même plus à éteindre leur portable la nuit, par peur de « manquer » quelque chose, donc essayez de leur retirer pour leur bien, vous verrez…

1. Short story

La progression inexorable du cancer parmi les causes de mortalité*, et ce en dépit des « progrès de la médecine » étalés à longueur de journaux, serait majoritairement dûe à – 1- une consommation excessive d’aliments transformés (80% du marché de l’agro-alimentaire), – 2 – de produits laitiers particulièrement acidifiants pour l’organisme, et – 3 – de viande animale (responsable des maladies cardiovasculaires)

Plus inquiétant encore, le cancer de l’enfant sévit chez les moins de 5 ans, en augmentation de 30% ces 20 dernières années. Un nouveau né a aujourd’hui plusieurs dizaines de molécules toxiques dans son organisme dès la naissance.

Le patient atteint d’un cancer est théoriquement libre de choisir son traitement, mais quid du vocabulaire et des connaissances de fond nécessaires à un choix éclairé ?

Une alimentation de qualité permettrait, selon Gilles Lartigot, de ralentir un cancer sur deux, et de d’en prévenir un sur trois.

*le cancer est la première cause de mortalité en France depuis 2004

2. Long story

  • Notre système de santé évolue vers une industrialisation de tous les processus (application de techniques de gestion managériales, calcul de rentabilité, évaluations quantitatives), évolution dont voici les dates-clés :
    • 1984 : profit et rentabilité. Modification du statut de « médecin des hôpitaux » en « praticien hospitalier » (dénomination recouvrant, au hasard, les pharmaciens, ingénieurs, psychologues, etc.)
    • 1991 : la loi Évin segmente les médecins et les paramédicaux. Nomination de diplômés en ressources humaines aux postes de cadres, et prise de pouvoir de l’administratif sur les professions paramédicales. Cette prise de pouvoir des techniques de management entrepreneurial casse la relation entre les médecins et les infirmières, entre les infirmiers et les aides-soignants. Prolifération du statut d’intermédiaire, dilution du sentiment de responsabilité
    • 1996 : plan Juppé. Fermeture de nombreux petits hôpitaux et maternités, suppression de postes de gynécologues, implantation d’une logique de fusion/acquisition, de licenciements et de management par le harcèlement
    • 2005-2006 : développement de protocoles de soin des cancers, collectifs et anonymes, en l’absence du patient et de son médecin traitant
    • 2007 : imposition d’une logique de quotas à respecter pour conserver ses autorisations de pratique de la cancérologie données par la haute autorité de Santé (« seuil d’activité minimale »). Concrètement, si un service ne pratique que 29 opérations de la prostate au lieu des 30 prévues, il perd son accréditation pour ce type de chirurgie.
    • 2009 : loi Bachelot. Les agences régionales d’hospitalisation deviennent les Agences Régionales de Santé. Poursuite de l’anonymisation des dossiers de patients cancéreux. Poursuite de la logique d’accréditation des protocoles, avec nomination d’enquêteurs validant ou invalidant les performances des services sur des critères quantitatifs (ex : / de patients rentrés dans les schémas imposés)
  • L’alimentation est la première médecine (et en premier lieu, le colostrum, le lait maternel)
  • La majorité de nos cellules se renouvelle à un rythme plus soutenu que ne l’imaginent la plupart des gens : 4 mois pour les globules rouges, 2 semaines pour les cellules de la peau, 1 an pour celles du foie, 10 ans pour les cellules osseuses
  • La France est le royaume du super- et de l’hyper-marché, qui règnent en maîtres incontestés de la distribution (2 personnes sur 3 s’approvisionnent majoritairement ou exclusivement dans un centre commercial, la grande distribution c’est 10.000.000 clients par jour, 30.000 points de vente, 750.000 emplois et 200.000.000.000 de CA)
  • S’il est vrai que les végétariens sont généralement en meilleure santé que les carnivores, cela ne constitue pas une injonction à bannir la viande de son alimentation. Les flexitariens (végétariens flexibles, qui consomment de la viande une fois ou deux par semaine), sont en aussi bonne santé que les végétariens
  • La certification Bio se contente d’attester, la plupart du temps, de la visite d’un inspecteur privé, venu contrôler les conditions de la production à un instant T

10 conseils de Eat 2 pour bien manger

épinards
  1. Manger de vrais aliments, sans excès
  2. Des aliments bruts, de saison, non transformés et bio
  3. Principalement des végétaux, des fruits et des grains entiers
  4. Allez-y en douceur, surtout si vous partez de loin. Les erreurs font partie de l’apprentissage
  5. Aménagez vous une cuisine fonctionnelle
  6. N’ayez pas peur de prendre des repas 100% végétaux (parfois)
  7. Évitez à tout prix la viande et le poisson en provenance d’élevages industriels
  8. Buvez de l’eau (filtrée, si possible) en quantité
  9. Si vous êtes au travail ou en déplacement, préparer vos repas à l’avance sera souvent votre seul moyen de manger sainement
  10. Organisez-vous : cuisinez en grande quantité & stockez

Citations de Eat 2

C’est la première fois de notre histoire que l’on mange des animaux en cage

Gilles Lartigot

Comment se fait-il que nous ayons tant d’informations et que nous sachions si peu de choses ?

Noam Chomsky

Un enfant allaité par sa mère aura de meilleures défenses immunitaires, de meilleures défenses hormonales et une meilleure croissance

Pr Pierre-Marie Martin

Mieux vaut manger des fruits et des légumes avec des traces de pesticides, que ne pas en manger du tout

Richard Beliveau

Les (trop nombreux) truismes de Eat 2

(surtout dans la partie 3)

Dans quel monde vivons-nous

Gilles Lartigot

Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt

Gilles Lartigot

La lecture instruit

Gilles Lartigot

On peut être seul en ville

Gilles Lartigot

Plus on regarde la télévision, moins on parvient à l’éteindre

Gilles Lartigot

Ce qui me dérange dans Eat 2

  1. Packaging. Une charte graphique paradoxalement trop chiadée, à la limite de l’obsession graphique. D’autant plus étrange pour une dénonciation d’une « culture du spectaculaire » (p. 248)
  2. Déjà vu. Des rappels présentés comme des nouveautés (ex : 10% de la population mondiale a faim vs 30% est obèse, il faut boire de l’eau mais elle est polluée alors il faut la filtrer, le micro ondes a été inventé pour vendre des plats préparés, etc. etc.)
  3. Duperie consentie. L’auteur me semble partir d’un postulat hautement théorique, selon lequel la santé individuelle serait un but a priori partagé par tous, et qu’à la poursuite de cet idéal théorique, les consommateurs seraient honteusement induits en erreur par un complexe agriculturo-industriel qui leur vendrait des produits contrefaits à grands renforts de publicité mensongère. Mais qui a dit que les gens oeuvraient à leur propre santé ? Ça n’est pas ce que je constate au quotidien. Les gens sont parfaitement informés des coûts santé et des bénéfices santé de tout ce qu’ils consomment. Mais ils font en dépit. Notamment car l’impact unitaire est trop faible pour être appréhendé par les sens. Exemple de la cigarette.
  4. Duperie consentie, suite. On ne réinforme que ceux qui se sont mis dans la posture de vouloir être réinformés. Or la majorité des consommateurs opère une suspension consentie de la lucidité en franchissant le seuil d’un supermarché : tout le monde sait que la grande distribution standardise le territoire, étrangle les producteurs, favorise l’utilisation des pires pesticides et généralise le gaspillage alimentaire. On le sait, mais on l’oublie consciemment en arrivant sur le parking, parce que faire toutes ses courses en une fois cordonnier et opticien compris (cf aménagement des centres commerciaux), c’est s’aménager du temps de loisir supplémentaire pour le week-end (netflix, tittytainment)
  5. Illusion sur les gens. Le mode de vie/consommation (incluant le processus de choix et d’achat) est considérée par
    1. Pour un tiers de la population : un régime drastique, intenable plus d’une semaine ou deux
    2. Pour un autre tiers : comme incomplet et inefficace, l’esprit de système poussant ce groupe là à réclamer tout simplement des listes : liste d’aliments prescrits, liste d’aliments interdits
    3. Enfin, pour le dernier tiers, comme représentant le concentré de la bobo-ïtude, soit le mode de vie le plus méprisable qui soit. Il suffit de regarder la tête de vos amis quand vous leur expliquez que vous traversez la ville tous les dimanches matins pour aller vous approvisionner au marché bio et local du Circo Massimo, ou que vous ne buvez que de la bière artisanale et pas de la Bud...

L’avis de Stéphane Edouard

À l’instar d’Alceste du Misanthrope, critiquer un livre soumis à votre (re?)lecture par son auteur est un exercice qui peut vous valoir une longue, très longue inimitié. Gilles Lartigot me pardonnera donc (du moins, je l’espère) de ne pas être complètement, unanimement emporté par son 2ème opus, et ce pour les raisons suivantes :

  1. Un spectre de problématiques trop large, dont certaines sont fatalement survolées, voire évoquées (salariat, vieillesse, survivalisme, etc.)
  2. Des a priori psychologiques réducteurs, voire simplistes : les gens sont parfaitement capables d’abandonner une fraction inquantifiable de leur capital santé, pour une gratification immédiate
  3. Une partie 3 qui ressemble à une collection de truismes (« l’individualisme a remplacé la solidarité », « on vit dans une société de spectacle », « on donne sa vie à sa boîte », « il faut se souvenir d’où l’on vient », etc. etc.)

Je pense, néanmoins, que les produits de Gilles sont une bonne entrée en matière pour quiconque sort d’une longue période d’endoctrinement industriel, ou a été biberonné au Nutella toute sa vie.

Note finale (3 pour le prix d’une)

Édition (mise en page, graphisme, etc.) : 9/10

Contenu (pour un lecteur novice Findus / Nutella / Coca) : 7/10

Contenu (pour un lecteur confirmé) : 5/10

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