Fiche de lecture

La sérotonine est une molécule, un principe amidé sécrété par les deux cerveaux: celui du haut et l’intestin. Cette substance a pour effet la vasoconstriction ou la vasodilatation. « Sérotonine » c’est aussi le septième roman de Michel Houellebecq sorti le 4 janvier 2019 aux éditions Flammarion (22€ – 352 pages).

Vers quelles nouvelles tendances penche le nouveau roman de Michel Houllebecq?

Bon, je vais vous livrer mon avis sur ce livre. Plus intéressant, j’ai aussi analysé l’ensemble de la production de Houellebecq. J’ai ensuite listé un certain nombre de critères pour placer « Sérotonine » dans la séquence de tous les livres qui l’ont précédé. J’ai développé cette fiche de lecture en trois parties : la marque Houellebecq; « Sérotonine » le roman à proprement dit; et pour conclure une séquence bibliographique. Sinon, suivez ce lien vers les meilleurs extraits de « Sérotonine » à propos des femmes et des relations hommes-femmes: attention ça pique !

La marque Houellebecq

Michel Houellebecq est installé dans le paysage audiovisuel et littéraire français depuis 1994. Aujourd’hui Houellebecq n’est plus seulement un écrivain, mais une marque. Son nom est devenu un adjectif: « houllebecquien », on parle d’une production, d’une ambiance, d’une prose, d’une atmosphère « houllebecquienne » pour qualifier quelque chose à la fois onirique et nihiliste. Houllebecq est une marque et une marque crée toujours un phénomène: celui du prérequis de la satisfaction primaire. De la même manière que vous achetez une poêle Téfal pour ses qualités adhésives, vous achetez du Houellebecq sur un principe. D’accord pour la nouveauté, mais seulement dans la mesure ou votre satisfaction primaire a été assouvie.

Pour être satisfait d’un Houellebecq, il faut une dose de tragique

Houellebecq est un tragique. Il subit les conventions sociales. Il est incapable de s’insérer dans un tissu humain et administratif. Ainsi tous ses protagonistes sont en souffrance face à l’administration de leur pays et à leur incapacité à nouer des relations humaines.

« Michel Houellebecq est plus tragique que nihiliste »

Stéphane Édouard

Le vernis onirique dans les histoires de Houellebecq abolit la frontière entre le réel et la fiction (cf. « La possibilité d’une île » et « Soumission« ). Ses fictions s’inspirent d’arrière-plans ultra-réalistes. Comme sa réalité s’inspire d’arrière-plans fictionnels, avec un grand désintérêt pour poser une frontière nette entre les deux. Grâce à la finesse de son onirisme, il ne prend pas le temps d’établir un pacte avec son lecteur. Est-ce une fiction? Ou une projection dans un futur proche? Est-ce une dystopie? Une tragédie? C’est au lecteur de décider.

Chez Houellebecq il y a rarement de dissociation très claire entre son protagoniste et lui-même
Il y a rarement de dissociation claire entre Michel Houellebecq lui-même et ses protagonistes.

Le sismographe sensible de notre société

Ce qui fait un bon Houellebecq, c’est aussi son regard cru sur les femmes et sur la sexualité. Pour moi, ce n’est que lorsque cette condition est remplie que je suis apte à saisir les bénéfices secondaires du roman. C’est à dire la capacité de Houellebecq à agir en sismographe.

« La chance de Houellebecq – et son utilité – c’est d’être capable de révéler les signaux faibles et même très faibles de notre société. Ses intuitions, ses saillies, ses provocations, nous alertent sur des événements systémiques, dramatiques, guerriers, géopolitiques et métapolitiques.« 

Stéphane Édouard

C’était le cas par exemple avec son allusion à l’Islam pour le magazine Lire. Houellebecq a dit exactement ceci: «La religion la plus con, c’est quand même l’Islam. Quand on lit le Coran, on est effondré… Effondré!». Des propos réitérés pour le Figaro «La lecture du Coran est une chose dégoûtante. Dès que l’islam naît, il se signale par sa volonté de soumettre le monde. Sa nature, c’est de soumettre. C’est une religion belliqueuse, intolérante, qui rend les gens malheureux« .

Ces propos lui avaient valu des ennuis judiciaires en 2001, peu de temps avant les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Voilà un exemple de genre de signal que Houellebecq avait perçu, extrêmement faible à l’époque et qui s’était révélé fondé.

« Sérotonine » le roman

Houellebecq fait rarement de dissociation très claire entre son protagoniste et lui-même. Il ne prend pas cette précaution oratoire. C’est écrit à la première personne du singulier. Ses protagonistes lui ressemblent. Par exemple, le personnage principal de « Sérotonine » souffre de la sensation d’avoir laissé passer l’amour dans sa vie. L’amour? « La seule petite fente possible pour échapper à l’oppression du marché » je cite de mémoire me faites pas chier. Et ayant laissé passer cet amour, à la fois par paresse et par incapacité à nouer des relations humaines satisfaisantes, son personnage échoue, comme un bateau ivre, dans une errance. Il erre sur le territoire français à la recherche du bonheur comme Houellebecq errait du côté de l’Irlande il y a quelques années, auprès de ses amis alcooliques.

Suis-je capable d’être heureux seul à défaut de l’être avec les autres?

Dans cette errance, le personnage principal est confronté à la désertification des campagnes françaises. Et également à cette course en avant vers la normativité. Ces normes qui l’empêchent de fumer, qui l’obligent à se plier aux contraintes administratives. L’ensemble des personnes et des biens qu’il consomme sont finalement le fruit d’un système qu’il exècre mais dans lequel il est contraint de vivre… Uniquement par incapacité à se fondre dans une relation amoureuse.

Les codes esthétiques de l’autodestruction

« Sérotonine » est le récit d’une pente descendante. C’est une histoire de dévitalisation et d’instinct mortifère. Tous ses protagonistes sont toxico-dépendants, fument trois paquets de cigarettes par jour, et ne peuvent survivre sans une ordonnance d’antidépresseurs à portée de main.

Les autodestructeurs sont des gens qui pensent amadouer une certaine forme de mort. Ils en seraient pourtant terrifiés s’ils la prenaient de front. Ils ne sont pas du genre à conduire sans ceinture, mais ils se rapprochent de la mort par une série de petits pas quotidiens, insensibles, non quantifiables, presque non mesurables, et sans jamais entreprendre une action réellement risquée ou dangereuse.

Le personnage de « Sérotonine » c’est Michel Houellebecq

Un peu de psycho-pédagogie: je mobilise les ressources de la « Caractérologie » vue à travers le prisme imaginé par Gaston Berger. Ainsi, Florent Labrouste (c’est à dire Michel Houellebecq) serait un émotif passif secondaire.

  • Émotif: parce qu’il est perméable et sensible aux signaux faibles.
  • Passif: parce qu’il est incapable d’agir.
  • Pour la secondarité: c’est l’incapacité de donner à des faits l’importance qu’ils méritent.

Ainsi, le sujet « émotif passif secondaire » Houellebecq dispose d’un grand champ de conscience, d’une polarité à la conciliation, d’une faible avidité, d’intérêts sensoriels ambivalents, d’aucune tendresse (c’est à dire d’aucune empathie), d’aucune pitié et d’une passion intellectuelle supérieure à la moyenne.

Le personnage, le livre, l’auteur

Finalement, Michel Houellebecq nourrit le fantasme du type intello à l’extrême. Ils sont très rares. Serge Gainsbourg était sûrement le représentant précédent de ce genre de personnage. Avec une caractéristique: le divorce absolu et radical entre l’esprit et le corps jusqu’à le faire disparaître. Se délester des contingences physiques à cause des contingences administratives et amoureuses de la vie qui pèsent déjà bien assez lourd.

Bibliographie des 7 Houellebecq

Faire des comparaisons, c’est l’avantage des modèles invariants. J’ai passé au crible les sept romans de Michel Houellebecq avec la grille de lecture unique de Gaston Berger.

J’ai choisi comme critère: le degré de misogynie de chaque ouvrage, la dose de romanesque, le style, la qualité psychologique des personnages, la capacité sismographique de l’auteur et l’aspect novateur du livre en question

4/5 : note quasi maximale à « L’extension du domaine de la lutte ». Ce livre reste une référence de l’oeuvre de Houellebecq.

« Sérotonine » satisfait-il les besoins primaires? Oui, mais tout juste…

J’ai retrouvé la sensibilité sismographique de Michel Houellebecq dans « Sérotonine« . Il décrit un terreau de Province à l’abandon sociologique, déserté par l’intelligence, où la survie économique est quasi impossible, ravagé par les grandes surfaces incontournables pour s’approvisionner. Mais surtout, Houellebecq a deviné la crise des Gilets jaunes. La scène de guérilla urbaine à la fin du livre est une vraie anticipation de la crise actuelle pour l’ensemble des vaincus de la mondialisation. Par contre, on est de moins en moins surpris par son style. L’analyse psychologique est assez prévisible. Le champ lexical est efficace comme toujours chez lui, mais le texte est assez mal ponctué. Et puis ce n’est pas le roman le plus misogyne de tous les Houellebecq, même si certains passages sur les femmes font sourire. J’ai donc donné une note moyenne sur ce critère.

La capacité sismographique de Houellebecq est présente dans « Sérotonine ».

Propos recueillis pas NicolasW


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