Qu’est-ce qui rend un homme beau ? La science a enfin tranché



Imaginez la scène : terrasse de café en fin d’après-midi, trois femmes installées autour d’un verre, conversation animée. Un homme grand passe sur le trottoir. Les trois conversations marquent une pause d’une demi-seconde, les regards se croisent, puis tout reprend. Deux minutes plus tard, un autre homme passe : plus petit, l’abdomen rond, les épaules effacées. Personne ne lève les yeux.

Ce genre de micro-observation, n’importe qui peut la faire dix fois par jour sans y prêter attention. Elle pose pourtant une question que la psychologie mondaine tente de résoudre depuis des décennies avec un succès relatif : qu’est-ce qui rend un homme beau, au juste ?

Les réponses circulent, chacun y va de sa théorie. Les magazines féminins vous diront que « c’est le regard », « c’est l’humour », « c’est la confiance en soi ». Votre grand-mère, plus catégorique, que ça tient aux mains et à la voix. Les forums masculins penchent pour la mâchoire carrée et la carrure en V. Les cinéphiles vous sortiront Cary Grant comme preuve définitive que l’élégance prime sur tout le reste.

Le problème, c’est qu’il s’agit dans tous les cas d’opinions. Aucune n’est forcément fausse, mais aucune n’est étayée. Pour trancher, il aurait fallu prendre des centaines de corps d’hommes, les faire noter par des femmes, puis calculer ce qui explique vraiment les écarts d’évaluation. Exactement ce qu’ont fait trois chercheurs australiens et américains en 2017. Les résultats, publiés dans une revue scientifique de premier plan, ont jeté un froid sur quelques certitudes confortables.

Corps masculin athlétique

Une étude rigoureuse sur un sujet qu’on refuse habituellement de mesurer

Le trio s’appelle Aaron Sell, Aaron Lukaszewski et Michael Townsley. Les deux premiers sont spécialistes de psychologie évolutionniste, le troisième criminologue — combinaison inattendue mais cohérente dès qu’on s’intéresse aux signaux de formidabilité physique. Ils sont rattachés à la Griffith University en Australie et à la California State University à Fullerton. Leur article paraît le 13 décembre 2017 dans les Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, une revue à comité de lecture exigeant.

Le protocole est d’une simplicité presque insolente. Deux jeux de photographies : 61 étudiants pris de face et de profil, torse nu, visage masqué dans un premier ensemble ; 131 autres en débardeur, cadrés sur le haut du corps, dans le second. Pour chacun de ces 192 hommes, les chercheurs disposent déjà de mesures objectives : taille, poids, et surtout une batterie de tests de force physique (haltères en salle, force de préhension, compression pectorale).

Ces photos ont été montrées à environ 440 évaluateurs, en majorité des étudiantes australiennes et américaines. La moitié d’entre eux devait estimer la force physique de l’homme sur l’image. L’autre moitié devait noter l’attractivité. Les deux groupes ne communiquaient pas. Chacun évaluait sur une échelle de 1 à 7.

La question était alors triviale à poser : les notes d’attractivité sont-elles prédictibles à partir des notes de force physique perçue ?

70 % de l’attractivité tient à une seule variable

Le résultat principal est un de ces chiffres qu’on relit deux fois. Dans les trois séries analysées, la force physique perçue explique entre 61 % et 73 % de la variance des notes d’attractivité corporelle. En langage courant : sur tout ce qui distingue un homme noté 3/7 d’un homme noté 6/7, la force physique compte pour plus des deux tiers.

Et ce n’est pas tout. Quand on ajoute la taille (les hommes plus grands sont plus attirants, à force égale) et qu’on retire le surpoids non-musculaire (le gras pur est pénalisé), on grimpe à 80 % de la variance expliquée par trois variables seulement. Ni le charme, ni le style vestimentaire, ni même la symétrie faciale — les visages étaient masqués — ne rentrent ici en ligne de compte. Juste la force perçue, la taille, et la minceur.

Homme en plein entraînement de force

Précisons ce que ça veut dire. L’étude ne mesure pas la « valeur globale » d’un homme comme partenaire. La personnalité, le statut social, l’intelligence, la voix, tout cela continue de peser dans d’autres dimensions du choix amoureux, les chercheurs le rappellent explicitement. Mais dès lors qu’il s’agit de ce qui accroche le regard féminin sur un corps masculin, les jeux sont faits à 80 % par des signaux que l’œil décode en une fraction de seconde.

Les corrélats anatomiques sont eux aussi identifiés : épaules larges, taille fine, musculature du haut du corps développée. La fameuse carrure en V n’est pas un fantasme de magazine fitness — c’est un signal biologique qui fonctionne.

Ces idées reçues que l’étude envoie au cimetière

Ici commencent les mauvaises nouvelles pour ceux qui avaient investi dans certaines théories rassurantes.

« Trop musclé, c’est repoussant. » Classiquement, on soutient que l’attractivité suivrait une courbe en U inversé : le moyennement fort serait plus attirant que le très fort, la nature préférerait les hommes « équilibrés » aux colosses. Frederick et Haselton avaient modélisé cette hypothèse en 2007, et la thèse avait fait son chemin, notamment dans les magazines féminins. L’étude de Sell démonte la courbe. La relation entre force perçue et attractivité est strictement linéaire. Plus l’homme paraît fort, plus il est noté attirant, sans plateau ni retournement. Les hommes les plus forts de l’échantillon étaient les plus attirants, point. Les auteurs suggèrent que le « trop musclé » invoqué par leurs prédécesseurs correspondait à des rendus 3D ou à des dessins dépassant les limites humaines — pas à de vrais corps d’hommes.

« Certaines femmes préfèrent les hommes plus doux, plus investis, moins formidables. » Une théorie à la mode veut qu’il y ait deux types de femmes : celles qui chassent les mâles dominants, et celles qui choisiraient des partenaires plus effacés, supposément plus fiables pour la vie de couple. Les chercheurs ont vérifié en examinant chacune des 160 évaluatrices individuellement. Ils cherchaient le moindre sous-groupe qui aurait préféré les hommes plus faibles. Aucune d’entre elles n’a montré de préférence statistiquement significative pour les corps moins forts. Zéro sur 160. La diversité des goûts féminins pour la carrure masculine tient, au moins sur photo, du mythe.

« Mon gabarit se compense par la personnalité. » L’étude ne dit pas le contraire : la personnalité pèse, le statut pèse, la voix pèse, tout cela est mesuré ailleurs. Mais dès qu’il s’agit de l’attractivité corporelle brute — celle qui décide si le regard d’une femme s’arrête ou glisse — la personnalité n’entre simplement pas dans l’équation. Elle entre dans d’autres équations, celles du mariage, de la fidélité, de la durée, pas dans celle-là.

Pourquoi ces signaux précis, et pas d’autres ?

La psychologie évolutionniste offre une explication cohérente, qu’on aime ou non. Dans l’environnement ancestral où nos mécanismes de perception se sont formés, la force physique d’un homme prédisait deux choses simultanément.

D’abord la qualité génétique. Seul un organisme en bonne santé, peu chargé en parasites et correctement nourri dès l’enfance, pouvait développer une musculature importante. Une carrure était un diagnostic médical à l’œil nu.

Ensuite la capacité à accumuler et défendre des ressources. Les hommes plus forts remportaient les conflits d’intérêt, chassaient mieux, étaient davantage désignés comme leaders par leur groupe, protégeaient mieux leur famille contre d’autres hommes. Les données anthropologiques sur les populations Hadza de Tanzanie ou Tsimane de Bolivie confirment que la force physique prédit effectivement le succès à la chasse et le nombre d’enfants survivants.

Les femmes ayant préféré les hommes plus forts ont donc eu, sur des dizaines de milliers de générations, davantage d’enfants survivants que celles qui choisissaient indifféremment. Leurs préférences se sont transmises. Nous fonctionnons encore avec cet héritage, que le contexte matériel moderne en ait eu ou non besoin.

Les limites qu’il faut garder à l’esprit

L’honnêteté oblige à mentionner ce que l’étude ne fait pas. Les sujets photographiés sont tous des étudiants californiens entre 19 et 21 ans, avec un IMC concentré autour de 23-24. Les évaluatrices sont également des étudiantes, jeunes, de deux pays anglo-saxons. Généraliser à tous les âges, toutes les morphologies et toutes les cultures demanderait d’autres études. Lukaszewski, l’un des co-auteurs, a publié depuis sur des populations non-occidentales qui confirment largement la tendance, sans toujours la répliquer à l’identique.

Par ailleurs, l’étude mesure l’attractivité corporelle, pas la valeur totale d’un homme comme partenaire. Les 20 % restants de la variance, et tout ce qui ne relève pas du premier regard, restent à documenter ailleurs.

Et maintenant ?

Passer une heure à la salle de sport n’est pas de la coquetterie. Ce n’est pas davantage une concession à un standard culturel arbitraire qu’il suffirait de déconstruire pour s’en libérer. C’est, au sens strict, un investissement dans 70 à 80 % de ce qui détermine la note qu’une femme posera sur un corps d’homme lorsqu’il passera devant elle.

Reste à décider ce qu’on fait de cette information. Certains la trouveront déprimante, d’autres libérante. Quelques-uns continueront d’affirmer, contre les chiffres, que « ce qui compte c’est l’intérieur ». Ils en ont parfaitement le droit. Mais les données, elles, sont têtues.

Et vous, ça vous étonne, ou ça confirme ce que vous aviez observé empiriquement ? Les commentaires sont ouverts.

Référence : Sell A., Lukaszewski A. W., Townsley M. (2017). Cues of upper body strength account for most of the variance in men’s bodily attractiveness. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, 284(1869). DOI : 10.1098/rspb.2017.1819


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