Aujourd’hui nouvelle fiche de lecture pour mes lecteurs à moi: Michéa Jean-Claude, la double pensée (ma prof de français m’a appris à mettre les titres en italique).

Qui parle

Du même auteur

  • Orwell, anarchiste tory, Climats,‎ 1995
  • L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, Climats,‎ 1999
  • Les Valeurs de l’homme contemporain, Éditions du Tricorne,‎ 2001
  • Orwell éducateur, Climats,‎ 2003
  • L’Empire du moindre mal : Essai sur la civilisation libérale, Climats,‎ 2007
  • Le complexe d’Orphée : la Gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, Climats,‎ 2011
  • Le plus beau but est une passe, Flammarion, coll. « Climats »,‎ 2014

Short story (résumé de La double pensée)

Le prolétaire est un esclave qui, descendant dans la rue, voit glorifiée sur les affiches les images de sa présupposée « souveraineté ». Problème: 80% des jeunes vivent objectivement plus mal que leurs aînés, mais dans un monde qui célèbre les valeurs de la jeunesse. À la fois rois d’un monde construit à la mesure de leur vanité, et dernière roue du carrosse dans le monde réel, ils sont contraints – pour surmonter cette double injonction contradictoire – de devenir schizophrènes.

Long story

Concepts de La double pensée, de Michéa

Michéa sur le capitalisme

Capitalisme = répression + séduction

Michéa sur l’individu

  • nous sommes conscients, mais en fausse conscience
  • le sujet autonome vs sujet atomisé (« les libertés individuelles formalisent moins les droits du sujet autonome que ceux de l’individu atomisé »)
  • les meilleures institutions politiques du monde sont toujours détournées de leur fonction par la volonté de puissance de quelques uns
  • L’anarchisme, c’est la neutralisation des volontés de puissance (voir point précédent) qui font que les arrivistes arrogants et sans scrupules finissent irrémédiablement par arriver au pouvoir

Michéa sur la gauche et le libéralisme

  • Aux USA, être de gauche et être libéral sont synonymes
  • Le mot capitalisme a disparu quand la gauche s’en est emparé
  • L’état libéral est contraint d’impulser une « révolution culturelle permanente » dont le but est d’éradiquer tous les obstacles historiques et philosophiques à l’accumulation de capital
  • Plus les frontières sont ouvertes, moins les gens s’installent

Michéa sur la loi

  • L’avocat est la figure la plus accomplie de la neutralité axiologique libérale : son but n’est pas de rechercher le vrai et le juste, mais le vice de forme qui permettra à son client de bénéficier d’un non lieu
  • Définition juridique de la liberté : le pouvoir de faire tout ce qui n’est pas proscrit par la loi

Nouveau: les gifles (concepts++)

  1. Réciprocité et bienveillance = fondements de la vie en société. Rousseau : nul ne peut prétendre aimer s’intéresser au sort des tartares (cf. immigrés clandestins) s’il n’est pas d’abord capable d’aimer ses voisins et ses proches. Autrement dit, ce n’est jamais en sautant la case départ qu’un être humain va accéder à l’universel
  2. Le libéralisme moral (définition), c’est s’interdire de porter tout jugement sur la façon dont les autres vivent même quand ceux-enfreignent la logique élémentaire de la vie en société, au nom du respect de la vie privée
  3. Suite: l’hégémonie des dogmes libéraux, c’est quand tout jugement sur la manière dont les autres vivent et se comportent est assimilé au retour de l’ordre moral. Où à l’enfer totalitaire.
  4. Le concept de société de consommation n’a jamais désigné une société dans laquelle tous les individus auraient les moyens effectifs de consommer les produits du travail collectif. Il désigne seulement une société dans laquelle tous sont quotidiennement sommés par la propagande publicitaire et l’industrie du divertissement de désirer la totalité des marchandises dont la possession est supposée constituer le signe même de l’intégration réussie à cette société.

Vocabulaire & définitions

  • Chaque individu est poussé à devenir bourreau de lui-même
  • Les retombées anthropologues positives d’une croissance illimitée
  • La vraie courtisane (la pute) = celle qui demande, reçoit et prend VS la décence commune Orwellienne : donner, recevoir, rendre
  • Les droits de l’homme… mais de l’homme spectateur (Debord)
  • Orwell toujours: une société décente est une société dans laquelle chacun ait la possibilité de vivre honnêtement d’une activité qui ait réellement un sens humain. Voir aussi: honnêteté élémentaire, avocat.

Extraits de La double pensée

« Les dispositions pratiques à la réciprocité (qu’elles se fondent sur le sens de l’autre, sur celui de l’honneur, ou sur la simple coutume) sont parfaitement indépendants de l’orientation sexuelle d’un sujet. On peut être un hétérosexuel égoïste et narcissique, prêt à tout pour s’enrichir, devenir célèbre ou jouir de son pouvoir sur autrui; ou à l’inverse un homo attentif à ses semblables et capable de se comporter avec eux de manière simple et humaine. Et inversement bien sûr. »

Mon préféré

« Le méditerranéen (définition), c’est celui qui trouve masochiste de s’enfermer avec un ordinateur quand il y a un beau soleil dehors »

Citations de la double pensée (Jean-Claude Michéa)

« Winston laissa tomber ses bras et remplit lentement d’air ses poumons. Son esprit s’échappa vers le labyrinthe de la double pensée. Connaître et ne pas connaître. En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires, et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique (…) Surtout, appliquer le processus au processus lui-même. Là était l’ultime subtilité. Persuader consciemment l’inconscient, puis devenir ensuite inconscient de l’acte d’hypnose que l’on vient de perpétrer. La compréhension même du mot « double pensée » impliquait l’emploi de la double pensée ». George Orwell, 1984

L’auteur recommande de lire

  • Culture de masse ou culture populaire ? De Christopher Lasch, Climats, 2001
  • Essai sur le don, Marcel Mauss
  • 1984, George Orwell

Conclusion

Le deuxième pilier, avec L’empire du moindre mal, de la critique des libéralismes (moral, juridique et économique) par Jean Claude Michéa. Une lecture incontournable pour qui souhaite identifier ses déterminations et tenter d’échapper à l’Empire. Plus qu’une lecture, quasi une boîte à idées.

Au chapitre des petites insatisfactions, la forme laisse à désirer (ce qu’il devait pressentir puisqu’il se justifie in anticipo en expliquant qu’il n’aime pas écrire, que cela consiste avant tout à s’enfermer à la maison un jour de grand soleil (cf paradoxe du méditerranéen).

N’empêche, sur le plan de la structure, il faut choisir: soit on gave la phrase de propositions, soit on l’allège et on relègue les précisions en bas de page. Mais les deux en même temps, ça peut devenir indigeste pour qui ne lit pas régulièrement de la philosophie et ne s’est pas créé sa propre trousse à outils de lecture.

Note finale:

JC Michéa, la double pensée - fiche de lecture

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Stéphane


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8 commentaires

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  • Décidément il ya une whislist de livre et de film qui va être longue pour noël.

    Mais bon! je préfère encore me mettre à réécouter toutes les conférences de cette année, m’acheter un ipod et changer mon téléphone portable que j’ai maintenant depuis 7ans commencer à lire du Michea que de me mettre à discuter avec des féministes qui écoutes les Pussy Riot.

  • Très intéressant, mais l’utilisation du mot « libéral » (et ses dérivés) est faite totalement à contre-sens : en gros, ce serait une sorte de jouissance nihiliste sans entraves et sans limites, mâtinée d’écrasement d’autrui et de petits chatons (sinon ce n’est pas drôle). Le problème, c’est que c’est historiquement et philosophiquement une grave erreur. Je suis toujours surpris de voir à quel point celle-ci est répandue, y compris chez des gens manifestement cultivés et intelligents, tels que ce M. Michéa. Cela sème une sacrée confusion dans le débat public, le libéralisme devenant logiquement un épouvantail responsable de tous les maux. A tel point qu’aucun parti politique en France ne se revendique libéral – et qu’aucun ne le pratique -, tellement c’est devenu une sorte de mauvais synonyme d’anarchie façon Mad Max, ce qui est proprement ridicule.

    Je ne peux que conseiller de (re)lire Montesquieu, Bastiat ou Tocqueville, pour une vision un peu plus correcte de ce système philosophique, qui est quand même à l’origine du succès et du rayonnement mondial de l’Occident depuis deux siècles. S’il fallait en résumer la substance, on pourrait dire que le libéralisme, c’est l’Etat de Droit, par opposition au « Droit de l’Etat », autrement dit le fait du Prince. Ces idées se sont développées dans un contexte de féodalité et de monarchie héréditaire. Leur objectif premier est d’affirmer l’existence de droits individuels fondamentaux et inaliénables, face à un pouvoir potentiellement tyrannique. Rien à voir avec marcher sur le pied du voisin ou se livrer à je ne sais quelle magouille moralement répréhensible.

    On comprendra du coup que contrairement aux idées reçues, l’Occident s’éloigne en réalité de plus en plus des idées libérales : disparition progressive de l’Etat de Droit (dans les faits), confiscation croissante des revenus par les Etats, délire législatif et réglementaire, etc. Ce que l’on appelle parfois « néo » ou « ultra » libéralisme – et qui serait supposé nous détruire dans un grand complot du grand Kapital – est au libéralisme ce que le Ministère de l’Amour est aux droits civiques dans 1984 : un terme novlangue désignant le contraire de ce qu’il devrait dire. Telle est la véritable victoire des « progressistes ».

  • Michéa, c’est du très lourd niveau concept. J’ai lu quelques-uns de ses livres et je dois avouer qu’une bonne partie a du me passer au-dessus de la tête.

    Attention au sens de schizophrénie, qui n’est pas une « double personnalité » comme on l’entend souvent:
    « La schizophrénie se traduit par des contours incertains, dans la personnalité, voire physiquement pour délimiter son corps (une approximation dans le discernement des contours identitaires, cernés avec difficulté), et non pas comme une dissociation de l’esprit en plusieurs parties.
    Ainsi, la schizophrénie ne doit pas être confondue avec le phénomène de personnalités multiples (qui peut concerner les troubles dissociatifs de l’identité). L’amalgame est pourtant courant, et le terme schizophrénie (ou ses dérivés) est souvent utilisé à tort, notamment dans la presse ou le cinéma, pour désigner une entité aux facettes multiples, parfois antagonistes, ou un tiraillement entre des propos contradictoires. »
    source : wikipédia

  • Bonsoir Stéphane, merci encore ça à l’air comment dire…orgasmique intellectuellement.
    En idée de fiche de lecture, « le capitalisme de la séduction » de Clouscard ?

  • Merci!

    si je peut apporter quelque précision s’agissant du passage sur le loi, en effet l’avocat n’a pas pour but « de rechercher le vrai et le juste », c’est à la limite le « rôle » du juge, même si en pratique il recherche surtout à appliquer « son code » on le voit très bien en pénal, tenu à « une interprétation stricte de la loi pénal » comme les pénalistes ont l’habitude de dire, ça s’explique pour des raisons historiques (après la révolution) son but n’est pas de dédommager les victimes en priorité mais surtout de rétablir la paix social…
    Le rôle d’un avocat est de conseiller juridique, il est payé pour défendre les intérêts de son client, même si son client est un tueur en série au casier rempli.
    Le vice de forme pour permettre un non lieu est tellement recherché surtout dans les pays anglosaxons, (leur droit s’est construit autour de la forme à la différence de nous sur le fond, la Loi). Ce qui est assez difficile à expliquer pour les non juristes, c’est que si la forme n’est pas respecté (il manque des preuves, des éléments, non respect des délais…), il est assez difficile de faire appliquer une décision même motivé sur le fond, cela porte atteinte à l’autorité (de la chose jugé) du juge, et si le juge n’est plus légitime, on glisse d’un Etat de droit à un système de vengeance, où on applique la vendetta et la loi du talion… Comme dit VIctor Hugo, « le forme c’est le fond qui remonte »
    Définition juridique de la liberté: le pouvoir de faire tout ce qui n’est pas proscrit par la loi, il suffit de lire l’article 4 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789: « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » Et cette déclaration est connu pour être libéral à une époque révolutionnaire mené par la bourgeoisie déjà bien installé ;).

  • « Culture de masse ou culture populaire ? » est de Christopher LASCH, le maître à penser de Michéa, qui à eu le génie de voir l’évolution actuelle de la société de consommation, il y a 50 ans. Les livres de Michéa sont, hélas, mal structurés, c’est une constante, le bougre a une certaine tendance à se répéter à travers ses différents bouquins. La double pensée et le complexe d’Orphée sont, à mon avis, les meilleurs introductions à l’auteur. Tu serais, je pense, très intéressé par l’enseignement de l’ignorance, qui est la plus belle claque qu’il m’ait mise. Et qui décèle des bribes pour expliquer une certaine « sur-réussite » scolaire chez les Femmes.