La guerre intérieure



4 réflexes pour se motiver le matin et tout au long de la journée

Derrière ce titre un peu racoleur – mea culpa – se trouve une question que je me suis souvent posée et à laquelle le forum a en partie répondu : certains articles traitent des buts que l’on doit se fixer, d’autres enseignent comment déterminer une suite logique d’actions rentrant dans un projet de vie etc. Mais qu’en est-il de la phase qui permet de passer du rêve à l’action ? Bien souvent, malgré un plan parfait et un tas de bonnes résolutions, on reste les bras ballants, alors que l’on sait pourtant l’intérêt que nous aurions à changer. Qu’en est-il de cette étincelle qui amorce le moteur, qui provoque la réaction en chaine ? En d’autres termes, pourquoi notre volonté n’est pas toujours à la hauteur de nos ambitions et comment peut-on la travailler ?

Pour illustrer ce propos, prenons un livre ; Madame Bovary (le film de Chabrol pour les moins courageux).
Emma Bovary est une jeune provinciale rongée par l’ennui, mariée à un homme plus âgé qui ne fait rien pour s’extirper de la routine quotidienne. A cause de cela, elle finit par gâcher sa vie en essayant de la rendre plus romanesque ; en rêvant en permanence et en n’agissant pas, elle creuse jour après jour sa propre tombe (désolé pour les spoilers.)

Ne nous voilons pas la face, beaucoup d’entre nous l’ont été, et le sont peut être encore de temps en temps ; vous savez, faire des plans de travail/de vie que l’on n’arrive pas à mettre en pratique, ou qui, à la manière des bonnes résolutions que vous récitiez à votre grand-mère, ne passent pas le mois (la semaine pour certains). On se lève un matin en se disant « Cette semaine j’expédie le boulot en retard, j’arrête la télé, je lis les cinq bouquins qui prennent la poussière depuis 2 mois sur ma table de chevet, je perds mes 5 kilos en trop et je reprends le base jump ». On sait tous comment ça finit.

Avoir la volonté de faire des plans, c’est facile. Ce qui est difficile, c’est de les appliquer et de parvenir à s’auto-discipliner. Le philosophe Henry Frankfurt explique les failles de la volonté par le conflit entre deux types de désirs. Les désirs « de premier ordre » qui nous sont fixés par les besoins immédiats et l’environnement, et les désirs « de second ordre » qui sont les projets au long terme. Par exemple, j’aimerais bien finir mon TD, mon rapport pour demain, mais un copain vient juste de m’envoyer une vidéo youtube avec un singe qui joue du banjo avec les pieds… Ou alors ma copine et mes amis n’arrêtent pas de m’envoyer des sms, je dois bien leur répondre non…? Non, pas nécessairement.

De fait, et c’est le premier obstacle, le pire ennemi que peut rencontrer votre volonté, ce n’est pas tant vous, mais la capacité du quotidien à réveiller vos habitudes et à vous y enchainer : dans son livre Une chose est une chose, Moravia le met en scène à travers la nouvelle La glu ; le narrateur, en proie au désespoir le plus profond, décide un soir d’en finir avec la vie et part bille en tête se jeter dans le Tibre. Or, il se rend compte petit à petit que les choses les plus insignifiantes autour de lui l’empêchent de s’exécuter ;

Pourtant la vie m’attendait encore dans cette avenue et avec son arme la plus redoutable, l’habitude. Mon paquet de cigarettes était vide. Comme un pantin sans cervelle, je fis demi-tour pour entrer dans la boutique. […] Tout cela, c’était le « réel ». Inutile d’espérer s’évader dans l’atmosphère abstraite et pure du désespoir. Eh oui la vie est forte, elle en sait long, beaucoup plus long que la mort.

1) Changer : résister à l’immédiat

Il a quelques années, des gens instruits ont inventé un terme technique (comme toujours) qui est la non cohérence des préférences : ce que je veux faire à long terme (faire des économies pour un nouvel appart, épargner) ne correspond pas à mes désirs à court terme (craquer pour ce bel écran HD). Pourquoi est ce que l’on tranche souvent en faveur du désir de premier ordre ? Le calcul est simple ; lorsque l’on agit en fonction d’un but lointain, le coût de l’action (3h de boulot un vendredi soir) est immédiat et les avantages différés.

La réflexivité est la capacité que nous avons à l’autoanalyse, à réfléchir à nos propres motivations et à tenter de contrôler le cours de notre vie en mettant en place des stratégies de changement. Ainsi, la réflexivité nous fait prendre de la distance vis a vis de nous-mêmes et nous pousse à nous affranchir de notre milieu, de notre situation actuelle pour aller vers quelque chose de mieux ; aujourd’hui on ne se resocialise pas uniquement à partir des modèles familiaux ou de la classe sociale de laquelle on vient (Mes excuses aux marxistes du forum) mais aussi à partir des modèles que l’on suit et des héros que l’on admire (Tyler Durden ou La Fouine selon les sensibilités).

Le sociologue Jean-Claude Kaufmann décrit cette sorte de dialectique entre notre identité réelle et notre vie rêvée avec l’image de la double hélice d’A.D.N : la première est formée de l’ensemble des routines mentales et des normes qui nous composent ; c’est la personne que l’on est une fois que notre maman nous a éduqués et qu’on ne se pose aucune question sur soi.
Autour de cette première hélice s’enroule celle de notre petit théâtre intérieur qui est fait de rêveries, de projets et de pensées diverses ; le moi caché que l’on voudrait être. Cette identité alternative est en décalage avec notre existence réelle. C’est elle qui porte notre ambition de changement et qui nous donne la volonté d’agir sur nous-même.

Toute la question est de savoir faire coïncider la vie réelle et les rêves.

2) Motivation : décisions et stratégies

On arrive à la partie pratique. Au fil du temps, les gens mettent en place stratégies, combinaisons, trucs qui leur permettent de contrôler leur comportement. Par exemple, souvenez vous quand tonton jules voulait perdre du poids, que faisait-il ? Il se plantait devant la glace en rentrant le ventre. En d’autres termes il fixait son attention sur une image-but histoire de trouver la motivation première (« Roh la vache ce serait plus facile pour gamer »). Lorsque l’on parcourt en long et en large le forum look, on n’est pas mieux, on cherche nous aussi un modèle de vie pour définir vers où orienter notre action.

Aussi, le passage à l’acte passe par une décision puis par des résolutions. Si elles ne sont pas accompagnées d’un moyen et d’un programme précis, elles cèdent vite sous le poids des routines, des motivations inverses et des sollicitations immédiates. De fait, changer implique de transformer ses rêves en projet et les projets en programme précis. D’où l’importance des agendas, de tenir un carnet de bord, des listes et des post-it sur le bureau qui sont autant de piqures de rappel qui font partie des techniques d’autocontrôle qui aident à changer. Savoir ménager sa peine et garder sa motivation intacte est le plus important ; d’où la nécessité de « recadrer » mentalement les activités qui semblent chiantes à en mourir. Plutôt que de penser de manière négative et voir les tâches à accomplir comme des contraintes, mettre en valeur leur aspect positif.
Quelques exemples d’auto contrôle :

  • Prendre l’habitude de se lever à la Ulysse, « en bondissant »,c’est-à-dire en se faisant violence et en résistant à l’appel de l’oreiller durant les 10 minutes habituelles. Comme l’écrit David Schwartz dans son bouquin La magie de voir grand ;

« L’action doit précéder l’action. Les hommes d’action n’attendent pas l’inspiration ; ils la provoquent »

  1. User d’une action mécanique (s’asseoir au bureau et écrire n’importe quoi, griffonner, bref se mettre dans le bain) aide à débuter, à vaincre sa peur et à échapper à ce que l’auteur appelle l’excusite.
  2. De même, lorsque l’on se met au travail, laisser le téléphone dans une autre pièce et bosser sec pendant X heures (la salle de bains est une bonne alternative pour les étudiants cloîtrés dans leur 28m²). A ce propos, pourquoi ne pas faire dès la veille un planning de la journée à venir et s’y tenir ?
  3. Définir de manière précise les plages « boulot » et les plages loisir de la journée, histoire d’éviter le traditionnel remord du vendredi soir (vous savez, quand votre bière vous regarde en vous reprochant d’avoir glandé toute la journée…)
  4. Corollaire ; changer de décor et faire totalement autre chose dans les moments détente (Eviter WoW quand même… ). On ne peut pas changer durablement si une somme égale de plaisir ne vient jamais remplacer les efforts et les privations. Et oui, même en prépa il y a moyen.

De fait, le maitre mot de la réussite, c’est la discipline. Mieux vaut un changement simple, limité et tangible qu’une tonne de promesses de changements radicaux toujours repoussés. Comme le dit Spike dans l’un de ses posts, il faut apprendre à se dire non : celui qui ne sait pas résister à ses désirs n’est pas un homme.
Mais même si l’autodiscipline et les rappels à l’ordre sont insuffisants pour changer durablement ; si la motivation est toujours insuffisante, le mieux est d’avoir recours à la ruse. C’est le fumeur qui annonce à tout le monde qu’il va arrêter, en espérant que cette pression l’aide dans les moments de faiblesse. Ou encore celui qui va s’inscrire dans la même salle de sport que ses amis et faire les mêmes horaires pour se stimuler. Ce genre d’aide extérieure se révèle parfois bien utile, surtout au début.

Mais quoiqu’il en soit des résolutions, combines et autres astuces, le changement est toujours une affaire délicate où se succèdent espoirs, déceptions, renoncements, suivis de nouvelles motivations etc. Tout ce cycle fait partie du travail lui même et au final, même si le but qu’on s’est fixé n’est pas tout à fait atteint, le simple fait d’avoir réellement essayé est quelque chose de gagné sur soi. Le plus important est de se bouger.

« Le meilleur moyen de réaliser ses rêves est de se réveiller » – Paul Valery

Sébastien

Je me suis en partie aidé pour ce post de La magie de voir grand de David Schwartz, Quand je est un autre. Pourquoi et comment ça change en nous de Jean-Claude Kaufmann, et du hors-série Sciences humaines n°205


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15 commentaires

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  • Quand je suis dans le creux de la vague je reviens sur ce site lire les nouveaux articles et : ça va mieux ^^ un vrai coup de fouet de motivation et d’énergie, merci !

  • Merci pour le Kaizen! Je ne connaissais pas. Au fond, c’est le même principe que le slight edge.

  • Des références, des exemples concrets, on sent que tu as mis tout cela en pratique.

    On sent l’expérience du vécu.

    Et cela montre aussi que cette démarche est atteignable à (presque) quiconque s’en donne la peine.

    Par et pour des humains.

    Tu m’as donné de l’inspiration.

    Merci.
    -Julien

  • Dans ma « longue » expérience de serial Procrastinateur j’ai appris une chose pour m’en sortir:
    L’habitude et l’imagination sont infiniment plus puissantes que la logique et la volonté.

    Si vous désirez changer (par exemple en bon élève), au lieu de créer une fausse tension entre le fêtard et le studieux, imaginez et visualisez votre « moi parfait » et agissez chaque jour en cohérence avec cette image. Concentrez vous sur l’adéquation de vos actions avec votre image mentale, car si vous vous concentriez sur ce que vous voulez éviter vous créez par réaction un tension intérieure qui ne peut que nuire au changement.
    Un autre outil fabuleux pour user de la force de l’habitude: la méthode japonnaise du Kaizen.

  • Bon article, sans éviter la lourdeur psychanalitique tu sais faire passer l’essentiel, bravo ! :)
    Une des croyances communes les plus limitative est de croire que l’on ne peut pas changer (« chasser le naturel il revient au galop »). C’est une erreur d’interprétation..

  • Un texte de qualité, ça fait plaisir à lire. Merci beaucoup pour cet article qui nous pousse à donner le meilleur de nous-même.

  • Et si notre rêve c’est justement de glander et faire les choses au moment où l’on a envie,sans contrainte ? ;)

  • Merci, j’apprécie ce que vous faites pour pousser les gens a créer leur bonheur.