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Modérateurs: animal, Léo

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By Stéphane
#168733 [size=150]Saison II : immondizia[/size]
[size=125]Chapitre iv[/size]

[img]https://38.media.tumblr.com/6df9ec786572997883db4ea2ee0960c0/tumblr_mm0grccRy21s4f6b8o1_500.gif[/img]

[quote]Hautaine, dédaigneuse, tandis que hurle le poste
De radio couvrant le silence du moteur
Elle fixe l'horizon et l'esprit ailleurs
Semble tout ignorer des trottoirs que j'accoste"

- Melody Nelson, Serge Gainsbourg, album-concept écrit en collaboration avec le compositeur et arrangeur Jean-Claude Vannier

Accompagner Vanessa en club m'avait filé tout un tas d'idées saugrenues. Réintroduite dans son milieu naturel, cette femelle des hauts plateaux allait-elle se livrer au rituel animal de la danse ? Allait-elle utiliser le premier poteau à sa portée pour commencer de s'effeuiller le cul comme un artichaut ? Se lancer lascivement, toute langue dehors, sur un garçon au torse glabre pour lui offrir grand sa bouche goulue ?

Si abondance ne devrait pas nuire, abondance de boissons alcoolisées me plongeait dans un état de divagation et de vague à l'âme que seul aurait pu décrire un Michel Houellebecq des premières oeuvres. Et la nuit qui s'enfonçait vers ses heures avancées ne m'offrait toujours pas de réponse. Vanessa, roulée dans sa robe dont l'évidence était finalement qu'elle était trop petite pour elle, Vanessa disais-je, débarrassée par le volume sonore de l'impératif de formuler des idées, de structurer sa pensée, bref de parler intelligiblement, Vanessa disais-je enfin, commençait de m'agacer profondément. Hautaine, dédaigneuse, tandis que les hommes hurlaient aux oreilles des femmes pour tenter d'exister à leurs yeux, elle fixait l'horizon et l'esprit ailleurs, semblait tout ignorer des idées qui m'accostent. Oh ma Vanessa, aimable petite conne, tu étais la condition sine qua non de ma raison.

Le problème commun à tout l'univers codifié de la nuit, c'est le carré vip et la discontinuité sociologique qu'il impose. Comme dirait ThomasB, il discrétise l'espace. D'un côté, la majorité exclue ne s'intéresse qu'à ce qui se passe à l'intérieur ; curiosité encore exacerbée quand il est en hauteur, à la vue de tous, dans une perspective Romaine donnant au peuple dans la "fosse" l'impression d'être esclave à la merci des lions. Voire d'être les lions eux-mêmes. De l'autre, la minorité de jouisseurs privilégiés, contrainte de feindre l'amusement démesuré, s'ennuie sous cape et recourt à des substances poudrées pour tenter d'oublier que, toute cette mascarade, c'est finalement beaucoup de bruit pour rien.

Vanessa repéra une fille qui dansait sur le bar. Ou plutôt, qui dansait sur ses platform shoes, eux mêmes juchés sur le bar. D'après l'experte, elle aurait eu des prédispositions pour le strip tease. Le compendium de critères l'ayant mené à cette conclusion m'échappait un peu ; il m'apparaissait seulement qu'avec son corset et son mini short , elle avait l'air d'une gentille pute. Par acquis de conscience sociologique, je demandai à notre hôte si elle travaillait pour lui et/ou s'il la connaissait. Réponse : "non, mais bon, elles sont toutes comme ça".

Dans ce que nous appelions "les coulisses", c'est à dire dans le vip du vip, les invités enchaînaient les lignes blanches comme des passages piétons, alors par politesse j'en proposai plusieurs fois à V., qui refusa poliment mais avec une posture un peu forcée, dont je me dis aujourd'hui que c'était probablement pour m'imiter. Je ne me drogue jamais, j'ai bien trop peur d'aimer ça.

Comme dans tous les clubs, il faisait trop chaud pour ne pas avoir soif, et les bouteilles de champagne se vidaient aussi vite que sautait le bouchon. De temps à autre, Vanessa échangeait quelques phrases avec son homologue et consoeur de cabaret, polonaise, qui accompagnait notre hôte. A intervalles de quelques phrases énigmatiques, un sourire se dessinait, avant de s'effacer rapidement, sur son visage fantôme, comme s'il n'était jamais apparu. Outre leur inanité, se foutaient-elle de notre gueule ? C'est à cet instant précis, je crois, que mon agacement se mût en énervement.

Comment savoir quand il est temps de quitter une soirée supposer durer toute la nuit ? Quand une grosse ganache en robe rouge vermillon vous a trop énervé pour rester. Quand vous avez envie de la traiter comme Humbert Humbert sa femme dans Lolita, de la molester, de la forcer à vous régurgiter une opinion, un avis, un compliment, quelque chose de sincère, avant de vous souvenir que la sincérité est une disposition d'esprit, et qu'elle a l'esprit en mauvais état. Bref quand vous avez envie de la baiser.

En tirant le frein à main de la voiture, je réalisais être en état d'ébriété avancé et lui proposai de prendre le volant, ce qu'elle refusa avec une repartie d'une froideur glaciale : de toutes façons elle avait autant bu que moi, et elle m'enjoignait à ne pas me comporter comme une fille. La scène défila devant mes yeux où, à près de 200km/h décapoté sur une route de campagne, elle m'avait demandé d'accélérer, et je me dis que le secret des gens charismatiques était de ne pas avoir peur de mourir.

Oui, j'ai lâché le mot : Vanessa n'était pas belle, ni intelligente, ni doté de hautes valeurs morales, mais elle était charismatique. Et à bien y réfléchir, encore aujourd'hui, je crois que c'est l'une des très rares filles que je connaisse à se mouler dans ce qualificatif, à en épouser tous les contours.

Et sa petite robe rouge, sous la tension de la ceinture de sécurité, lui remontait en haut des cuisses laissant deviner, sous l' enveloppe de paillettes, une attrezatura de lingerie de haute sophistication attendant impatiemment d'être déposée par un artisan à la fois ambitieux, masculin et qualifié.
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By Bertuccio
#168736 C'est étrange. Tu es un homme du Sud, avec le sang chaud, mais par moment tu analyses tes personnages et tes impressions avec froideur. Comme si le Stéphane sociologue, qui ne supporte pas de ne pas comprendre, cherchait sans cesse à étouffer le Stéphane sensible et rêveur.
Dans chacun de tes récits, on retrouve cet affrontement entre tes deux facettes (homme du Sud - homme du Nord).
C'est très intéressant.
[size=85]

P-S. Ne sois pas si dur avec Vanessa.
Sur le papier, elle n'est qu'un personnage qui dépend exclusivement de ton bon vouloir.
Essaie de la décrire sans trop la démolir pour que le lecteur puisse se faire sa propre opinion sur elle. Car, pour l'instant, on pourrait presque croire que tu la hais et qu'elle est aussi inquiétante que la Catherine de Médicis de Dumas.[/size]
By jazzitup_
#168741 Merci Stéphane pour le plaisir du récit.

[quote]Oh ma Vanessa, aimable petite conne, tu étais la condition sine qua non de ma raison.

Et peut-être celle de ta présence à cette soirée.

Je me rappelle un homo prétentieux et infect à Nouvel An, odieusement invité par notre hôte parce c'est tellement convenu, sinon.
By HipsterInTraining
#168745 [quote="Bertuccio"]C'est étrange. Tu es un homme du Sud, avec le sang chaud, mais par moment tu analyses tes personnages et tes impressions avec froideur. Comme si le Stéphane sociologue, qui ne supporte pas de ne pas comprendre, cherchait sans cesse à étouffer le Stéphane sensible et rêveur.
Dans chacun de tes récits, on retrouve cet affrontement entre tes deux facettes (homme du Sud - homme du Nord).
C'est très intéressant.
[size=85]

P-S. Ne sois pas si dur avec Vanessa.
Sur le papier, elle n'est qu'un personnage qui dépend exclusivement de ton bon vouloir.
Essaie de la décrire sans trop la démolir pour que le lecteur puisse se faire sa propre opinion sur elle. Car, pour l'instant, on pourrait presque croire que tu la hais et qu'elle est aussi inquiétante que la Catherine de Médicis de Dumas.[/size]
+1 Bertuccio

On aurait aussi pu dire opposition chair/esprit.

Stéphane admet volontiers que son attraction physique pour Vanessa est hors du commun, mais d'un autre côté son OS ne trouve pas de raisons rationnelles à cette attraction. Et donc il bascule constamment de l'attraction animale suscitée par cette femme trop féminine, au mépris d'un esprit qui refuse de désirer une coquille vide.

On peut le voir comme une malédiction, ou une injustice.
On peut aussi le voir comme une expérience intérieure d'une puissance que Fpure ne connaîtra jamais.

Stéphane, merci d'avoir eu la patience et l'honnêteté de coucher sur papier cette dualité de façon aussi imagée.
By Cjay
#168753 Bonjour,

je suis en parfait désaccord avec HipsterInTraining, le personnage est décrit de manière violente mais ce qui l'est encore plus, ce sont les émotions, les sentiments et les sensations que ressent Stéphane dans cette situation où Vanessa, non-contente d'une beauté naturelle acquise grâce aux sciences de la nature, surjoue ce rôle, délaissant tout ce qu'il convient de dire et de faire lorsque l'on est avec un homme qui, au moins, apprécie la qualité de sa compagnie et s'en va arpenter les plus hautes marches de la débauche et de l'insulte.

Car oui, pour un homme, c'est insultant de voir une fille à laquelle on accorde un peu d'estime, se déhancher et trouver un plaisir palpable à être regardé sous toutes les coutures et être considérée comme une pute, dans le meilleur des cas, comme un jambon ficelé à la peau attirante, dans le pire.

D'avoir offert de son temps et de son énergie pour être considéré de la sorte, est un sentiment qui agace, qui énerve et qui offre tout le loisir à Stéphane de qualifier ce comportement et la personne qui l'a endossé de superlatifs dont il saura user.

Rien n'est plus agaçant que l'absence de considération, par une fille, de ce que peut être un homme dans une boite qui la regarde se déhancher. Cherchait-elle à le provoquer ?
Toujours est-il que ça n'est pas un comportement respectable, ni pour elle, ni pour ceux qui apprécient.

Alors quand on prend en considération l'absence totale de considération, justement, du sexe opposé par les femmes d'entre 20 et 30 ans qui préfère brûler le tout petit attrait que leur offre leur plastique pour jouer les divas ou les putes, il ne faut pas s'étonner que ces superlatifs soient utilisés pour les décrire.

Vanessa dansait comme une pute, et Stéphane nous a permit de le comprendre, je vous permettrai simplement de comprendre que ça n'est pas la seule, et que ça n'est que faire un triste constat que le fait de remarquer ça.

Ah! Jolies filles, faites dont de nous des hommes désabusés.

Et pour revenir au sujet initial. Quand on voit la violence des sentiments que l'on se prend dans la tronche à arpenter tel ou tel boite et à tenter de socialiser telle ou telle personne, on comprend que le récit soit acerbe et que le mot pute soit offert pour la désigner.
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By Bertuccio
#168760 [quote="Cjay"]
Alors quand on prend en considération l'absence totale de considération, justement, du sexe opposé par les femmes d'entre 20 et 30 ans qui préfère brûler le tout petit attrait que leur offre leur plastique pour jouer les divas ou les putes, il ne faut pas s'étonner que ces superlatifs soient utilisés pour les décrire.

Mets de l'eau dans ton vin, Cjay.
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By S.Mimura
#168765 Merci Stéphane pour cette saison II encore de grande qualité.

[quote="Bertuccio"][quote="Cjay"]
Alors quand on prend en considération l'absence totale de considération, justement, du sexe opposé par les femmes d'entre 20 et 30 ans qui préfère brûler le tout petit attrait que leur offre leur plastique pour jouer les divas ou les putes, il ne faut pas s'étonner que ces superlatifs soient utilisés pour les décrire.

Mets de l'eau dans ton vin, Cjay.
+1, ton pamphlet transpire pas mal l'aigreur.
By Carline
#168769 J'aurais pourtant juré que tu (ou le narrateur?!!) avait profondément envie d'elle, ce qui est peut-être le cas en fait...

C'est dépaysant de te lire car une femme ne pourra que difficilement désirer ce qu'elle ne respecte pas.
Vous, les hommes, vous pouvez penser d'une femme qu'elle est conne, hautaine, désagréable et que sais-je encore et pourtant, avoir envie de la prendre.

Une femme peut se "laisser prendre" par un homme dont elle a une piètre opinion, elle peut aussi se mentir car l'homme revêt quelque intérêt autre que le désir.
Mais pour désirer sincèrement , je crois qu'elle a besoin d'estimer l'homme d'une manière ou d'une autre.

Pour moi, un désir sincère dénué d'estime est de la science fiction, une légende urbaine qu'on se raconte pour se faire peur, je ne suis pas équipée pour le comprendre...
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By aequus
#168776 [quote="Stéphane"]Hautaine, dédaigneuse, tandis que hurle le poste
De radio couvrant le silence du moteur
Elle fixe l'horizon et l'esprit ailleurs
Semble tout ignorer des trottoirs que j'accoste"
- Melody Nelson, Serge Gainsbourg, album-concept écrit en collaboration avec le compositeur et arrangeur Jean-Claude Vannier

Aura-t-on droit au prochain épisode à la fin du 6eme morceau ?
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By Stéphane
#169203 [img]http://capitalistexploits.at/wp-content/uploads/2014/10/1CnyCGKJNaZNvPH0AZl_QIA.gif[/img]

[size=150]Saison II : immondizia[/size]
[size=125]Chapitre v[/size]

Je ne pilotais rien de ma relation avec Vanessa, mais j'aimais par dessus tout les moments de conduite avec elle à mes côtés. La qualité de son silence s'accommodait au ronron ouaté du moteur neuf, comme l'Hermitage rouge au Boeuf grillé, ou encore l'Amarone au Gorgonzola.

Si j'étais macho (imaginons), je dirais que conduire une femme sur une route agréablement sinueuse comme l'est un bord de lac, c'est la préparer à se laisser au va-et-vient entre vos bras. Non que je doutais une seule seconde que Vanessa veuille bien, de retour à l'hôtel, se dévêtir et laisser sa féminité s'incarner en actions concrètes et entreprenantes sur ma masculinité ; c'était implicite à sa venue, et de plus je crois pouvoir affirmer aujourd'hui que Vanessa aimait vraiment les hommes, même si c'était pour se laisser posséder sans rien leur donner. Qu'importe, je savourais ce tracé de bitume sombre sous une nuit d'encre, éclairé aux reflets oranges des cristaux liquides du tableau de bord, plus enivré par les restes de son parfum que par les litres de champagne ingurgités cinq heures durant.

Pour désirer pleinement une femme quand il peut en avoir d'autres, un homme a besoin de se sculpter l'illusion que chaque centimètre carré de sa peau est pareille invitation au désir, que son odeur naturelle et son parfum coïncident comme le soleil et la lune au milieu d'une éclipse, et que les effluves de ce dernier la suivront jusqu'aux profondeurs de son corps les plus intimes qu'il puisse gagner. En gros, il se ment. Et les Vanessa ne font pas grand chose pour l'en dissuader, étant entendu que la féminité consiste à laisser penser, laisser croire, et - moins souvent quand même - à se laisser faire.

[quote]Nous remplissons l’apparence physique de l’être que nous voyons de toutes les notions que nous avons sur lui, et dans l’aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix comme si celle-ci n’était qu’une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons.

- Proust, À la recherche du temps perdu

Le bruit du gravier qui se froisse sous le caoutchouc, un tour de clef, et c'est le silence qui retombe. Le réceptionniste de nuit nous ignore admirablement pendant que nous tentons de retrouver notre route dans ces couloirs interminables. Curieusement, c'est loin du volant que les effets de l'alcool se font plus lourdement sentir, et à pas-d'heures-du-matin que les détails d'aménagement commencent de me gêner. Comme l'épaisseur de la moquette, ses motifs, sa couleur. A vrai dire, la moquette était partout, recouvrait tout comme une algue proliférante, à deux doigts près ils en auraient aussi couvert le lit : bref, j'étais ivre.

Mes pensées tanguaient dans ces lieux anonymes jusqu'à se cogner aux murs moquettés en une sorte d'écho assourdi, aussi déphasé que moi. Que faisais-je ici ? Qui était cette fille, qui disait parfois s'appeler Vanessa, et parfois autrement ? Que me voulait-elle, et surtout que lui voulais-je, moi ? Etait-elle venue se faire prendre, pour disparaître ? Allait-elle disparaître à nouveau ? Il y avait probablement des hommes prêts à se dévouer à cette tâche à Paris, aussi bien que dans sa ville natale. Il était même probable que certains échangent tout ou partie de leurs ressources contre le plaisir de s'adonner à cette tâche. Pourquoi moi ? Pourquoi elle ? La boisson m'empêchait de penser mes sensations* et me mettait à la fois hors d'état de nuire et en état de jouir. A moins que ce ne soit l'inverse.

Nous n'avions aucune coutume, aucune habitude, sauf de laisser à Vanessa la primauté de la salle de bains qui, plus encore que le night club, semblait son habitat naturel tant elle s'enfilait douche sur douche, et ôtait ses vêtements puis se rhabillait à la vitesse du transformiste italien Arturo Brachetti. Mais ce soir, fi des filles et de leur long désapprêtement, je m'y réfugiais comme un malpropre et la revois encore aujourd'hui, pomponnée et sale, échouée désoeuvrée sur le lit comme sur un îlot de neige, flottant au dessus d'une mer de moquette.

La salle de bains, si elle me donnait de quoi me rafraîchir, ne m'avançait à rien. Incapable de me fier à mes propres sensations, j'étais perdu. Je réalisais comme une douloureuse évidence que l'être qui m'attendait (ou pas ?) sur le lit m'était complètement étranger, qu'à l'issue de ce week-end elle s'envolerait avec légèreté pour une autre destination, sous un motif aussi futile que fût le mien pour la conduire ici, qu'elle était à tous autant qu'elle n'était à personne. En fait, j'avais honte pour elle comme pour moi.

A ceux qui tenteront de subtiles interprétations psychologiques à cette cacographie émotionnelle, Il faut comprendre qu'à l'époque mon ex me manquait beaucoup. Ce qui n'excuse rien, mais pour tenter de comprendre il convient de maîtriser un peu le tool-kit des antécédents. Je l'avais quittée précipitamment, le matin suivant une dispute, pour cause de mensonge aggravé. Et sans pour autant regretter un choix cohérent avec ma logique et mes valeurs, j'en chiais plus que de raison. Elle reste l'une des deux seules femmes que j'ai aimées, et si je peux l'écrire aujourd'hui, c'est moins pour me libérer d'un poids que parce que j'ai acquis la certitude qu'elle ne me lira plus jamais.

Si vous n'êtes pas mon ex, sautez le paragraphe qui va suivre, je vous retrouve après.

Caroline, je t'ai beaucoup (beaucoup) aimée, mais la piètre qualité de tes mensonges, leur incohérence globale ainsi que les maigres fondations idéologiques de ton mode de vie ont fini par éroder le sentiment réel, progressivement remplacé par une convenance, une façade de tendresse tactile. Mais si aujourd'hui tout est si clair, à l'époque de ce récit c'était loin d'être le cas. Démuni de tout ressentiment à ton égard, je dérouillais sévère. Un vernis encore humide de souffrance et de regret engluait toutes mes actions et j'avais beau fuir ton souvenir jusqu'au lac de Lugano avec l'âpre dessin de polir une hétaïre, je traînais en tout lieu la sensation de ne jamais être au bon endroit sans toi.

En entrant dans ce lit d'hôtel d'une belle taille, je remarquais qu'il se composait en réalité de deux matelas individuels accolés de force l'un à l'autre par le dessous, et sur ce pathétique prologue de ce qui allait être notre nuit, je m'endormis en moins d'une minute, seul et triste, au milieu de mon îlot de moquette helvétique.

Quelques (dizaines de ?) minutes plus tard, Vanessa me réveilla en y entrant à son tour. Probablement involontairement. Elle portait une chemise de nuit vert canard en soie, et sur ses yeux indifférents un masque occultant en dentelle noire. La pute. Immobile, sur le dos, je ne l'entendais même pas respirer, elle semblait morte.

Horripilé, je lui saisis violemment son bras replet et l'attirai à moi. Poussé au comble de l'exaspération par l'absence totale de résistance que je rencontrais, je l'immobilisai sur le ventre pour soulever sa courte chemise de nuit et m'insérai en elle tambour battant sans lui arracher le moindre cri. Et ce corps intégralement glabre, ce corps qui même à cet instant précis n'appartenait pas plus à moi qu'aux autres, m'enserrait passivement dans un réduit si chaud, si fondant et si élastique que je compris : j'en voulais à Vanessa de me procurer autant de plaisir sans (presque) rien faire.

Loin de me rassasier, cette première révélation Vanessienne corrompit mon désir et débaucha mes intentions. J'avais l'intention de lui faire mal.

A suivre.


* Louis Jouvet : il faut penser ses sensations. Oui, moi je veux bien, je fais que ça, j'en ai même fait mon métier. Mais parfois ça doit être plus simple de sentir sans rien penser, quand même. Rien, de rien, de rien. Comme un con. Un vrai beau con comme celui qui, parfois, me préparer mon sandwich le midi, et dans les yeux duquel je devine rien moins que l'abyssale incompréhension de l'existence même de tout ce qui n'est pas lui
By john dilinger
#169204 Fuck, cette sensation désagréable d'avoir cette femme entièrement disponible, presque soumise à tes moindres désirs, véritable fantasme de garçon puceau, et qui pourtant ne procure aucune satisfaction une fois dans tes bras. C'est finalement très frustrant malgré la jouissance.
Frustrant parce qu'elle ne réagit même pas, elle ne vibre pas avec toi, elle se laisse faire jouant jusqu'au bout le jeu de la soumission.

Le fantasme de la femme soumise est excitant jusqu'au moment où la pénétration arrive, et où à voir ce corps qui se laisse faire sans rien dire, on se sent "pisser dans un violoncelle", et seul avec notre plaisir, tellement seul que c'est déprimant.

On aimerait au contraire, à ce moment précis, une femme avec du caractère, qui refuse de se laisser trop faire, qui joue à vouloir prendre elle-même le contrôle.
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By bent
#169207 [quote="Carline"]J'aurais pourtant juré que tu (ou le narrateur?!!) avait profondément envie d'elle, ce qui est peut-être le cas en fait...

C'est dépaysant de te lire car une femme ne pourra que difficilement désirer ce qu'elle ne respecte pas.
Vous, les hommes, vous pouvez penser d'une femme qu'elle est conne, hautaine, désagréable et que sais-je encore et pourtant, avoir envie de la prendre.

Une femme peut se "laisser prendre" par un homme dont elle a une piètre opinion, elle peut aussi se mentir car l'homme revêt quelque intérêt autre que le désir.
Mais pour désirer sincèrement , je crois qu'elle a besoin d'estimer l'homme d'une manière ou d'une autre.

Pour moi, un désir sincère dénué d'estime est de la science fiction, une légende urbaine qu'on se raconte pour se faire peur, je ne suis pas équipée pour le comprendre...
Très mignon.
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By Stéphane
#169417 [size=150]Saison II : immondizia[/size]
[size=125]Chapitre vi[/size]

[img]http://38.media.tumblr.com/c9c75ed9b319ca1272058cc74739f789/tumblr_nl8jpynpzv1tezjkso1_500.gif[/img]

[quote]Cortex (du latin, écorce) : en biologie, désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.

Le cortex est la couche externe du cerveau, sous les lobes frontaux, épaisse de quelques millimètres, où se prennent la plupart de nos décisions. Un individu dont l'enfance a été émaillée de traumatismes à de multiples reprises présente une déficience de croissance du cortex pouvant aller jusqu'à 20 ou 30% ; une forme de handicap à l'origine de réactions inappropriées aux stimuli. Un simple contact physique, s'il n'est pas anticipé, peut alors prendre revêtir l'aspect d'une menace et donner lieu à une brusque réaction de repli, voire de défense. Inversement, un geste hardi se verra généralement gratifié d'audace en retour.

Avec son obsession à embrumer perpétuellement ses réponses dans une approximation fangeuse, j'ignorais presque tout du passé de Vanessa, sinon que son père l'avait élevée à la Russe, c'est à dire sans l'élever, et que sa mère entretenait à son égard un rapport non dénué de défiance. A moins que ce ne soit le contraire. Ce qui est certain en revanche, c'est que son cortex avait dû subir des choses pas très claires pendant sa croissance pour se complaire dans les déphasages les plus totaux.

Biberonné aux valeurs de la courtisanerie, j'ai longtemps cru à la nécessité d'une connexion intellectuelle soutenue avant d'ouvrir les vannes à la gloutonnerie lubrique ; ou l'impératif du comprendre avant le prendre. Et pourtant, me voilà encore pris au piège du plaisir de la dépendance consentie dans le corps étranger de cette femme étrangère, à laquelle décidément je ne comprenais strictement rien, elle qui ignorait tout de moi et de mes six derniers mois, et qui pénétrée avec hargne et ardeur comme une traînée semblait en demander toujours plus. Je repensais - souvenir instantané, façon polaroïd - à ce jour sur la route où, à près de 200 kilomètres à l'heure décapoté, elle me disait qu'elle serait déçue si j'ôtais le pied de l'accélérateur, et je m'enfournais plus fort dans son vagin étroit et spongieux.

[img]http://33.media.tumblr.com/0eaa8dbd42896fa3801283c79ca1731d/tumblr_nl8jpynpzv1tezjkso2_500.gif[/img]

Vanessa ne jouait pas tant avec vous qu'elle vous laissait jouer avec elle, c'est elle qui m'a fait découvrir et comprendre le principe de connexion par conduction cutanée (aussi appelé, "bon coup" ou "bonne baise"). Elle ne prenait presque jamais l'initiative de s'attaquer à vous frontalement et de vous chalumer, mais avait pris l'habitude d'attendre quelques secondes pour comprendre le mouvement que vous lui infligiez, puis l'amplifiait comme un démon sans limites.

Son entrecuisse était lisse et glabre comme seuls ceux des adolescentes et des femmes vivant de leurs charmes, et rien ne semblait assécher ses lymphes qui exsudaient abondamment une substance aqueuse au goût de sueur, de parfum, de chewing gum à la fraise et de pepsi cola. C'était divin. Amplifié, le mouvement donné par ma bouche à son pelvis finissait par faire à son dos une forme de vague, qui me revenait quelques instants à la figure encore plus intense, et encore plus mouillée. Je n'ai pas le souvenir d'avais jamais vu ou connu rien de comparable.

Exaspéré et coupable de tant de plaisir illogique, immérité et surtout débranché de tout sentiment ou affection réelle, je finissais par chercher à lui arracher des cris, pour le simple plaisir de lui faire verbaliser quelque chose au moins une fois dans la villégiature. A cette recrudescence de force , elle répondit en rimant ses mouvements sur les miens. Nos corps ne fusionnaient pas plus qu'ils ne s'accouplaient ou ne s'appareillaient : ils tiraient plaisir de ce combat, de leur propre contradiction, leur désaveu, c'est à dire finalement de leur volonté de puissance.

Et puissante, cette fille l'était. Insensible à la douleur, à la gêne, comme à tout sentiment humain, les yeux mi-clos et l'entre-jambe inondé de salive et de plaisir, son sacrum cogna le mien si fort que l'armature du lit y passa et la douleur me rappela immédiatement à une prosaïque réalité : si elle venait à expliquer, à qui veut l'entendre, de ses grands yeux opaques d'encre, qu'un français l'avait emmenée dans un hôtel isolé, en bordure du lac de Lugano, pour abuser d'elle et la violer, qui aurais-je trouvé, moi, pour croire la version que je vous raconte actuellement ?

A suivre