[Extrait] Le couple, les sept bases de l’harmonie conjugale ~ Yvon Dallaire



(Extraits de son livre Qui sont ces couples heureux, p. 221 à 265, Les Éditions Option Santé Enr., 2006)

Nos observations des couples heureux et malheureux nous ont permis de découvrir certaines caractéristiques et certains acquis partagés par tous les partenaires des couples heureux. Ces acquis ne sont pas toujours présents et bien intégrés au moment de la formation du couple, mais ils se développent rapidement grâce à la dynamique paradoxale « fusion versus autonomie » inhérente à la vie de couple. Ces acquis ou bases de l’harmonie conjugale sont au nombre de sept.

1. Vivre seul et heureux pour mieux vivre à deux

Parmi les rares certitudes que nous possédions sur la vie, l’une est le fait que nous mourrons tous un jour et l’autre, que nous passerons le reste de notre vie avec nous-même, d’où la nécessité de faire de soi son meilleur compagnon, sa meilleure compagne. Une troisième certitude est que nous sommes notre corps d’où, là aussi, l’importance de prendre soin de son corps… Impossible de développer une relation saine sans établir une saine harmonie avec soi-même et difficile d’être heureux dans un corps souffrant.
Il nous faut donc apprendre à être heureux avec soi-même pour être heureux avec une autre personne. Nos recherches le confirment: les célibataires heureux forment la plupart du temps des couples heureux, car au lieu de « tomber » en amour, ils « s’élèvent » en amour. À mon avis, l’une des plus belles paroles d’amour que l’on puisse dire à son partenaire est: « Chéri(e), quand je suis avec toi, je suis heureux et quand je suis seul, sans toi, je suis aussi heureux » signifiant par là que « Je n’ai pas besoin de toi, mais je te choisis librement et volontairement pour m’accompagner dans mon bonheur et je suis là pour toi, si tu le veux ». Cette pensée est pour moi le meilleur antidote à la codépendance et le plus bel exemple de maturité émotionnelle et de capacité d’établir une relation d’interdépendance.

À quoi reconnaît-on un célibataire heureux? Au fait que, ne sachant pas pendant combien de temps il sera seul, il en profite pour s’occuper de lui-même et voir à son épanouissement personnel. Il apprend à s’aimer et à être bien en expérimentant différentes activités afin de trouver celles qui lui plaisent le mieux. Il cultive les rencontres sociales afin de se faire des amis des deux sexes, y compris d’amis mariés, amis avec lesquels il partage des activités sociales sportives et culturelles. Il profite de son temps de célibat pour élargir ses horizons à tous points de vue. Il apprivoise sa solitude et liberté, en attendant de trouver un autre célibataire heureux avec lequel développer un projet de vie à deux…

Il n’est pas étonnant qu’un tel célibataire soit une personne très recherchée, car il ne fait pas dépendre son bonheur de la présence des autres, même s’il sait s’enrichir à leur contact.

2. Le choix du partenaire approprié: la compatibilité

La psychologie populaire est plutôt paradoxale. Elle dit d’une part que « les contraires s’attirent » et affirme dans un même élan que « Ceux qui se ressemblent, s’assemblent ». Qui dit vrai?… La vérité semble donc se situer quelque part entre les deux assertions avec un penchant plus prononcé pour les ressemblances. Vivre avec quelqu’un qui est complètement à l’opposé de soi, de ses valeurs, de ses priorités est une impossibilité, car les sources de conflits seraient nombreuses et les crises intenses. Par contre, vivre avec un clone de soi-même pendant des décennies ne doit pas non plus être très stimulant et très épanouissant. La stabilité, la sécurité et la validation qu’apportent les ressemblances doivent s’allier au mystère, à la créativité et à la stimulation que les différences provoquent pour faire d’un couple un couple vivant et capable d’évoluer.

De tous les facteurs reliés au bonheur conjugal permanent, la compatibilité semble être le plus important. Plus les partenaires d’un couple se ressemblent, plus l’espérance de vie commune augmente ainsi que les probabilités d’un bonheur intense. Ces ressemblances sont à la fois physiques, sociales, psychologiques, émotives et spirituelles… Le couple idéal et stable serait formé d’au moins 70 % de ressemblances.

La compatibilité physique. Avez-vous remarqué comment les partenaires des couples heureux à long terme finissent par se ressembler physiquement ? Nos observations démontrent que les couples se forment à partir d’attraits et de caractéristiques physiques semblables… Les couples heureux à long terme… ont sensiblement le même âge, avec une différence moyenne de deux ans en faveur de l’homme; les hommes sont plus grands de onze centimètres seulement. Je n’ai pas trouvé d’études comparant le poids des partenaires, mais je serais porté à dire que le gabarit des partenaires est là aussi assez semblable.

Cette compatibilité physique va jusqu’à la recherche d’une même intensité de sensations, les amateurs de sensations fortes étant ceux et celles qui ont le plus de difficulté à vivre le quotidien du couple et donc à être heureux à long terme… Nous avons toujours le choix entre la stabilité et l’intensité, laquelle par définition ne peut être stable. L’intensité des sensations, très forte lors de la période passionnelle, ne peut que s’atténuer avec le temps. Les couples heureux à long terme sont ceux qui transforment leur forte attirance du début en amour tranquille, qui font en sorte que leur routine devienne un rythme de vie dont ni l’un ni l’autre ne se lasse parce qu’ils savent profiter de leur quotidien. Les couples à la recherche perpétuelle d’intensité finissent immanquablement par s’ennuyer et mettre de l’intensité dans leurs disputes. Un couple formé d’un partenaire qui recherche l’intensité et l’autre la sécurité du quotidien est la pire combinaison possible. Les couples heureux sont ceux qui ont su trouver une harmonie physique, sensuelle et sexuelle. Les partenaires des couples malheureux sont insatiables.

La compatibilité sociale. On ne compte plus les recherches qui démontrent que plus les partenaires sont appropriés selon leur origine sociale, plus leur relation est heureuse et durable. Le partenaire le plus approprié est quelqu’un qui provient du même milieu socioéconomique, qui a atteint le même niveau d’éducation, qui possède la même origine ethnique et la même couleur de peau et qui fait partie du même groupe religieux que vous. Des recherches françaises ont même démontré que 50 % des couples étaient formés à partir de partenaires vivant dans le même département et qu’ils avaient plus de chances d’être heureux que ceux provenant de départements différents, à plus forte raison les couples n’ayant pas la même nationalité ou origine ethnique ou religieuse. D’ailleurs, la majorité des couples ne se forment-t-ils pas soit à l’école, soit au travail, démontrant par là le fait indéniable que « qui se ressemble s’assemble ».

Il y a certes des individus de race, de religion et même de langue différente qui forment des couples, mais ceux-ci sont aux prises avec de plus grandes difficultés d’adaptation que les couples qui proviennent de la même classe sociale et de la même région géographique. Aux six sources de conflits insolubles s’ajoute le fait que ces couples doivent en plus apprendre à composer avec des différences culturelles et religieuses souvent insurmontables, créant ainsi un obstacle de plus à leur bonheur…

La compatibilité psychologique. Il y a déjà plus de cinquante ans apparurent les premières classifications typologiques pour essayer de coupler des hommes et des femmes sur la base de leurs traits de caractères… l’émotivité, l’activité et le retentissement… L’émotivité fait référence à la capacité vibratoire de l’individu, l’activité à sa capacité de se mettre en action et le retentissement à l’impulsivité plus ou moins grande. Sans entrer dans le détail de leur description, les recherches faites à partir de cette caractérologie ont démontré que les caractères trop semblables (deux amorphes par exemple) ou trop différents (un amorphe et un colérique) pouvaient difficilement s’entendre. Par contre, les caractères qui présentaient de faibles différences en plus ou en moins sur chacun des trois critères étaient ceux qui pouvaient le mieux se compléter harmonieusement: l’apathique est entraîné par un moins apathique; le passionné est tempéré par un moins passionné qui peut mieux le comprendre tout en ne réagissant pas fortement à ses réactions impulsives; le non émotif est stimulé par un partenaire quelque peu plus émotif, mais terrorisé par le passionné émotif. Ainsi de suite.

Il apparaît évident que les couples formés par des partenaires ayant des personnalités semblables sans être identiques, les mêmes traits de caractère, un même niveau intellectuel, une même perception du partage des rôles sexuels, une même ouverture d’esprit, les mêmes attentes réalistes face aux couples, un même sens de l’humour, un même niveau d’énergie, les mêmes idéaux et la même capacité d’adaptation, ont plus de chances de former des couples harmonieux que ceux qui sont à l’opposé sur chacune de ces variables. Les extrêmes ne font généralement pas bon ménage, du moins pas très longtemps.

La compatibilité émotive. Partant du principe que l’on ne peut donner que ce que l’on possède, nous acquérons de nos parents le maximum de maturité émotive qu’ils ont atteint et nous choisissons un partenaire qui possède la même maturité, ou immaturité, émotionnelle que nous. C’est en ce sens que notre partenaire est notre miroir et qu’il nous renvoie une image de nous-même, comme précédemment mentionné. Les personnes possédant peu d’estime d’elles-mêmes attireront nécessairement des personnes qui ont une faible estime d’elles-mêmes et qui sont à la recherche de quelqu’un qu’elles mettront sur un piédestal pour être validées par ce partenaire idéalisé. La personne fusionnelle a peu de chances de former un couple avec une personne bien différenciée. Comme le dit Guy Corneau lors de ses conférences, les femmes généreuses au côté maternel hyper développé attireront un homme « enfant gâté » et immature qui veut se faire servir et certainement pas un homme autonome, capable de prendre soin de ses besoins. L’homme narcissique attirera des admiratrices centrées sur elles-mêmes plutôt que des femmes altruistes et indépendantes. La « bonne petite fille » recherchera un père protecteur qui la manipulera et le « bon petit garçon », une femme qui l’exploitera, et ainsi de suite. Ces couples émotionnellement immatures vivront nécessairement des crises qui pourraient leur permettre de se remettre en question, d’apprendre à se dépasser en prenant conscience de la dynamique intra-personnelle qui les a poussés à choisir leur partenaire actuel et, ainsi, à élever leur niveau de maturité émotionnelle. Malheureusement, il est plus facile de demander à l’autre de changer, de l’accuser de tous les torts, de divorcer et de trouver un autre partenaire semblable avec lequel recréer le même scénario … et le même désastre.

Les personnes ouvertes, confiantes, empathiques risquent fort d’attirer des personnes possédant la même maturité émotive. Les personnes autonomes, bien individualisées, responsables d’elles-mêmes, bien dans leur peau, en contrôle de leurs émotions et ouvertes aux autres attireront leur semblable et augmenteront ainsi leurs probabilités de former des couples heureux à long terme. La maturité émotionnelle nécessaire à un amour véritable et durable est celle qui, paradoxalement, permet la fusion de deux partenaires sans perte d’autonomie… La réelle intimité émotive n’est possible qu’entre deux personnes fortement individualisées mais capables de laisser aller pour se permettre des moments de fusion et des moments de dé-fusion. Contrairement à la croyance des couples malheureux, l’intimité n’est pas fusion et ne se limite nullement à la proximité sexuelle; elle est plutôt une relation facilitant l’attachement et le détachement, laissant ainsi chaque partenaire libre: « Je suis bien quand je suis avec toi et je suis bien quand je suis sans toi. Je n’ai pas besoin de toi pour me réaliser, mais je décide chaque jour de me réaliser avec toi et de t’aider à te réaliser avec moi, si tu le veux. » Seuls les partenaires qui arrivent à cette maturité émotionnelle peuvent espérer former un couple heureux à très long terme.

La compatibilité spirituelle. J’entends par spiritualité ce qui est de l’ordre de l’esprit, par opposition (ou complémentarité) à ce qui est de l’ordre du matériel. Pour moi, nul besoin de religion pour développer sa moralité, avoir un sens des valeurs et un code d’éthique. De nombreuses études sociologiques ont depuis longtemps démontré que, si le matériel est nécessaire à un certain confort, celui-ci n’est nullement gage de bonheur. Les membres des couples heureux possèdent une même philosophie de vie et un sens élevé des valeurs humaines telles la dignité, le respect, le don de soi, la croissance personnelle. Au-delà de leur réalisation personnelle et conjugale, ils savent qu’ils font partie d’un tout plus grand qu’eux et que de leur propre épanouissement dépend l’épanouissement de la société et de l’humanité. Sans renier leur individualité et leur affirmation personnelle, ils ne deviennent pas les êtres égocentriques axés sur la seule satisfaction de leurs besoins personnels que nous rencontrons malheureusement trop souvent dans nos sociétés de loisir à tout prix et du « jeter après usage ». Ils ont une conscience « écologique », c’est pourquoi ils s’impliquent souvent dans des projets communautaires.

La spiritualité est faite d’engagement, d’ouverture et d’honnêteté. C’est ce qui permet une véritable rencontre avec l’autre dans sa globalité. La spiritualité est faite d’égoïsme sain (je prends soin de moi) et d’altruisme sain (je prends soin de l’autre comme l’autre le veut). C’est la spiritualité qui nous sort de la solitude et construit la relation. Cette compatibilité spirituelle n’est souvent possible que lors de la cinquième étape du couple (chapitre 3, la danse de l’amour), mais se construit tout au long de l’évolution du couple. C’est pourquoi les couples heureux finissent par se ressembler et avoir de moins en moins besoin de parler pour se sentir exister et en relation.

Les partenaires incompatibles. D’après une interprétation du psychologue états-unien Herb Goldberg, les couples formés par des partenaires très dissemblables seraient en fait basés sur la peur inconsciente de l’autre sexe. Le macho hyper-masculin rechercherait la femme hyper-féminine et vice-versa pour une unique raison: apprivoiser sa peur de l’autre sexe. Pour ce macho, la femme idéale est toujours très sexy, réceptive, non contrôlante, aimante, non exigeante, jamais critique et toujours prête à l’écouter et à le laisser libre. Être aimé par une telle femme validerait son identité qui ne serait alors jamais remise en question: il se sentirait adoré. Comme cette femme n’existe que dans ses fantasmes et non dans la réalité, il peut ainsi rationaliser sa misogynie et sa croyance que toutes les femmes veulent « arnaquer » les hommes. Pour l’hystérique, l’homme idéal est rassurant, protecteur, généreux, attentif, communicatif, devin, dévoué, toujours prêt à s’engager et jamais dominant. Être aimée par un tel homme la confirmerait dans sa perception d’elle-même et ferait d’elle une reine. Comme cet homme n’existe que dans les contes de fée, elle peut ainsi rationaliser sa misandrie et accuser les hommes d’être tous des manipulateurs ou des dominateurs. Pour Goldberg, les Don Juan et les Barbie manifesteraient aussi, par leurs comportements séducteurs, la même peur et haine de l’autre sexe. Ni l’un ni l’autre ne veulent « s’abaisser » à aimer un être humain nécessairement erratique et imparfait, miroir de leur propre imperfection narcissiquement insupportable.

3. La connaissance des différences homme-femme

À mon avis, l’une des principales sources des conflits conjugaux provient de l’ignorance, quand ce n’est pas le refus, des différences fondamentales qui existent entre l’homme et la femme… Certains croient encore aujourd’hui que ces différences ne sont que le fruit de l’éducation et de l’influence culturelle. Mais de nombreuses recherches en neuropsychologie démontrent le bien-fondé biologique de ces différences, du moins de certaines tendances qui poussent les hommes et les femmes à agir, non pas de façon identique, mais de façon complémentaire… Toutes ces différences reposeraient essentiellement sur la programmation génétique de la paire de chromosomes sexuels, XX ou XY, soit un chromosome sur quarante-six, ce qui équivaut à 2,17 %. Les hommes et les femmes sont plus semblables que différents, mais ces différences sont omniprésentes dans toutes les sphères de notre vie. Les ignorer peut être source de nombreux malentendus…

En ce qui concerne les différences, le problème n’est pas leur existence, mais la tendance tout à fait humaine à vouloir normaliser et mettre de l’avant certaines différences au détriment de d’autres… Connaître, comprendre et accepter ces différences ont permis à ces couples de faire baisser la pression et minimiser ainsi leurs conflits. Pour la femme, comprendre que l’homme qui se retire dans le silence pour retrouver la paix de son esprit ne la rejette pas et ne l’en aime pas moins peut l’aider à accepter cette tendance masculine atavique. Pour l’homme, comprendre que la femme a plus besoin que lui de paroles et d’être entendue dans l’expression de ses émotions pour se sentir aimée peut l’amener à être davantage à l’écoute et à moins argumenter ou à lui offrir des solutions….
Encore faut-il faire la différence entre l’identité de genre et l’identité sexuelle, entre les rôles sexuels et les fonctions sexuelles pour ne pas faire des différences homme-femme que des stéréotypes et des préjugés… L’identité de genre, le masculin et le féminin, est forgée par l’éducation et les valeurs culturelles: les filles peuvent se montrer fragiles alors que les garçons doivent être forts. Ces traits reposent, toutefois et souvent, sur une identité sexuelle, mâle et femelle: les hommes possèdent une masse musculaire plus importante que les femmes, soit 40% contre 23 %. On attend donc de l’homme qu’il démontre plus de force et on l’éduque en ce sens. Toutefois, ce stéréotype entretient le préjugé de l’homme violent et de la femme victime, comme si les femmes ne pouvaient pas être, elles aussi, agressives et violentes, même si elles ont une masse musculaire moins importante. En ce sens, l’identité de genre est facilement malléable et peut différer d’une culture à l’autre et d’une époque à l’autre. Toute autre est l’identité sexuelle qui, d’après des découvertes génétiques récentes, n’aurait pas changé chez la femme depuis plus de 143000 ans et chez l’homme, depuis 59000 ans. En tant que mâle et femelle, nous continuons de réagir comme au temps des cavernes ou des savanes, même si nos conditions environnementales de vie ont grandement changé et changé notre féminité et notre masculinité: les femmes ne sont plus astreintes aux tâches nourricières et les hommes aux tâches guerrières et chasseresses…

Pour être heureux en couple, il y a nécessité de connaître, comprendre, accepter et valoriser ces différences. Pour une véritable égalité et harmonie sociales des sexes, il en va de même. L’humanité a tout à perdre à faire disparaître les spécificités mâle et femelle: on devrait plutôt continuer de les exploiter comme nous l’avons fait depuis des millénaires, tout en tenant compte des nouvelles conditions de vie et du fait que la survie de l’humanité est maintenant assurée. On doit reconnaître ces différences et les transcender. On doit mettre l’accent sur l’individu en tant qu’être humain et non en tant qu’être sexué… Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas continuer à dénoncer les injustices, systémiques et spécifiques, dont certains groupes d’hommes et de femmes sont victimes. Il est temps de passer de la perception des sexes comme étant opposés l’un à l’autre à une perception complémentaire des sexes. Les membres des couples heureux se complètent et s’entraident, plutôt que de vouloir s’imposer à l’autre.

Quand je pose la question du secret de leur bonheur aux couples heureux, j’entends souvent la réponse suivante: « Je l’ai accepté tel qu’il (elle) était et je n’ai jamais cherché à le (la) changer. Un homme, c’est un homme; une femme, c’est une femme », ceci dit avec un sourire complice et un regard chargé de sous-entendus.

4. Le sens des responsabilités

La personne, célibataire ou en couple, la plus heureuse est celle qui prend l’entière responsabilité de sa vie et qui s’active pour se réaliser lorsqu’elle est seule et lorsqu’elle est en couple ou en société. C’est celle dont le centre de vie est à l’intérieur d’elle-même et non dans le regard de l’autre. La personne heureuse est comme une belle table reposant également sur ses quatre pattes; les quatre pattes étant égales, la table ne peut être bancale. La personne qui prend soin également des quatre dimensions de sa vie aura une vie équilibrée, épanouissante et heureuse. Pour moi, chaque individu est à la fois Professionnel, Partenaire, Parent et possède une vie Privée. C’est ce que j’appelle ma théorie des 4 P (ou 4 pattes), chacun de ces 4 P devant être bien développé pour assurer notre équilibre mental, affectif, relationnel et professionnel.

Le Professionnel qui existe en nous est celui qui veut s’épanouir dans son travail et ses activités professionnelles; c’est celui qui a besoin de se sentir utile et qui veut prendre une (sa) place dans la société et ainsi gagner financièrement sa vie et celle des gens qui dépendent de lui ou d’elle.

Notre côté Partenaire, c’est notre besoin d’être en relation d’égalité avec tous les autres: un humain parmi les autres humains. Il recouvre tous les besoins suivants: aimer, être aimé, sexualité, complicité, engagement, partage, chaleur humaine, communication … Pour y parvenir, parmi tous les humains rencontrés, nous recherchons activement un Partenaire privilégié, un Pp. C’est évidemment à l’intérieur du couple que l’on peut le mieux satisfaire ce besoin de partenariat.

Le Parent, c’est la partie de nous qui veut aider les autres, la partie de nous qui se met au service d’autrui, notre côté altruiste. Nos enfants sont ceux qui ont le plus besoin de notre aide parentale et avec lesquels nous nous devons d’être Parent, mais nous sommes aussi Parent lorsque nous aidons notre partenaire, lorsque nous conseillons nos amis, lorsque nous prenons soin de nos propres parents ou lorsque nous faisons du bénévolat.
Le côté Privé, c’est le monde des loisirs, des projets et rêves personnels; c’est notre jardin secret, celui où un sain égoïsme doit se manifester (l’égoïsme en question ici est le mouvement qui consiste à partir de soi pour aller vers l’autre, et non le mouvement qui va des autres vers soi, ce qui serait de l’égocentrisme). C’est la relation à moi-même, la partie de moi qui me regarde vivre et qui discute avec moi. C’est celle qui prend conscience que je passerai le reste de ma vie avec moi-même et qui doit faire en sorte que je sois pour moi un excellent compagnon.

La personne en équilibre est celle qui satisfait et développe équitablement ces 4 P. La personne en déséquilibre est celle qui valorise une dimension au détriment des autres. Par exemple, les hommes ont tendance à s’investir dans leur rôle de Professionnel au détriment de leur rôle de Partenaire ou de Parent; quant aux femmes, elles se consacrent souvent exclusivement à leur rôle de Parent ou de Partenaire au détriment de leur Profession et de leur vie Privée.

Qu’il puisse y avoir des moments dans la vie où l’une ou l’autre de ces dimensions prenne toute la place, il n’y a là rien de plus normal. Par exemple, le temps de la grossesse et des premières années de la vie de l’enfant peut amener une femme à se consacrer exclusivement à son rôle de Parent pendant un certain temps; mais elle ne pourrait le faire toute sa vie sans danger pour son développement mental, celui de ses enfants et celui de son partenaire. Il est tout aussi compréhensible que l’on puisse, à un certain moment de notre vie, investir davantage de temps et d’énergie dans sa Profession pour s’assurer d’un confort matériel et d’une sécurité financière, mais le faire au détriment des autres dimensions de notre vie risque de faire de nous un véritable « workaholique » et ruiner non seulement notre vie professionnelle, mais aussi notre relation amoureuse et nos liens avec nos enfants. Toute personne a la responsabilité de s’assurer que ces quatre P puissent se développer de façon harmonieuse afin de pouvoir, à la fin de sa vie, regarder son passé et se dire: « mission accomplie et vie bien remplie ». Idéalement, nous devrions investir 25 % de notre temps de vie et de notre énergie vitale dans chacune des « pattes » de notre personnalité…

5. L’intelligence émotionnelle conjugale

De façon très simpliste, on pourrait dire que le cerveau humain est composé de trois cerveaux. Le premier gouverne les sensations et les réflexes associés à la survie. Ce cerveau est appelé reptilien parce que nous le partageons avec tous les vertébrés. Les reptiles, qui ne ressentent aucune émotion ni sentiment, mangeront leurs petits, si nécessaire, pour assurer leur survie. Avec les mammifères, se développa un deuxième cerveau appelé limbique, ou rhinencéphale, à partir du lobe olfactif. Ce cerveau est appelé « mammalien ». Les espèces animales qui en sont pourvues sont capables d’émotions. Lorsque nous sommes envahis par la peur, transportés par la passion ou tout autre émotion, c’est que nous sommes sous l’emprise de notre système limbique. De ce cerveau « émotionnel » émergea le néocortex ou cerveau « pensant ». C’est cette partie du cerveau qui élabora la capacité d’apprendre et de se souvenir, bases de l’intellect, et qui permit à l’être humain une meilleure capacité de survie et d’adaptation à l’environnement. Tandis que notre cerveau primitif agit de façon automatique et stéréotypée, notre néocortex est à la source de nos pensées et de nos sentiments. Nous pouvons ainsi non seulement évaluer nos sensations et contrôler nos réactions émotives, mais nous devenons capables de planification à long terme, d’imagination, de création artistique, d’amour, d’éthique et de civilisation.

En termes clairs, notre cerveau primitif assure notre survie physique, notre système limbique gère nos fonctions physiologiques et nos émotions, tandis que notre néocortex est à la source du sentiment amoureux et de la conscience de soi-même, ainsi que de la capacité de penser à nos sensations, nos émotions, nos sentiments et nos pensées. Seul l’être humain semble doté de cette extraordinaire faculté, du moins de façon aussi développée et subtile. Mais comme le cerveau pensant s’est structuré à partir du cerveau émotionnel, nul doute que les émotions possèdent une forte influence sur le fonctionnement de nos pensées. Nous possédons donc trois cerveaux: le premier ressent, le second s’émeut, le troisième pense et prend conscience des sensations du premier, des émotions du second et des pensées du troisième.

L’intelligence émotionnelle consiste essentiellement en la capacité de ne pas laisser les sensations et les émotions du premier et deuxième+ cerveaux envahir les pensées du troisième et diriger notre vie. Les sensations sont des réactions enregistrées par nos sens physiques; les sensations sont plaisantes (la chaleur d’un bon bain chaud) ou douloureuses (la brûlure du feu). Elles sont essentielles à notre survie et sont à la base de notre recherche du plaisir et notre fuite de la douleur, tel que Freud, père de la psychanalyse, nous l’a démontré en nous expliquant le fonctionnement de notre inconscient. Nos émotions sont aussi des réactions qui nous renseignent sur notre état physique. Ces réactions sont généralement très fortes (comme dans le coup de foudre), impulsives, passionnées mais, très souvent, illogiques, contrairement à notre troisième cerveau qui, lui, est plus pondéré, réfléchi, logique. C’est lui qui, finalement, analyse la réalité et prend, ou devrait prendre, une décision d’action ou de réaction.
L’intelligence émotionnelle n’égale pas répression, mais utilisation efficace des sensations et des émotions générées par nos cerveaux primitif et limbique… L’intelligence émotionnelle nous permet de mieux faire la différence entre un réel danger et un danger imaginaire ou imaginé et nous permet ainsi de développer des réactions émotives plus appropriées, comme nous le verrons un peu plus loin dans l’acquisition des habiletés relationnelles nécessaires à toute relation amoureuse harmonieuse.

Toute relation amoureuse implique nos trois cerveaux. L’attirance physique et sexuelle relève de notre cerveau reptilien, la passion, de notre cerveau mammalien, et l’amour, de notre cerveau humain. L’intelligence émotionnelle fera en sorte que nous investirons davantage dans une relation harmonieuse à long terme plutôt que dans la recherche de plaisirs intenses que des relations passionnelles, mais éphémères, peuvent nous procurer. Les couples heureux gèrent leur relation à partir de leur néocortex. Ils ne laissent pas leurs réactions émotives impulsives hypothéquer leur relation. Les couples malheureux laissent leur cerveau émotionnel prendre le contrôle: ils réagissent impulsivement aux actions et réactions de leur partenaire, mettant ainsi régulièrement leur couple en danger…

Avez-vous remarqué comment certaines personnes sont énergivores et d’autres énergisantes? Les couples malheureux, inconsciemment et involontairement, entretiennent des sensations, des émotions et des pensées négatives qui grugent leur énergie, à l’inverse des couples heureux qui, dans un cercle harmonieux et non vicieux, encouragent l’expression de sensations, émotions et pensées positives, ce qui leur donne de l’énergie. Chacun d’entre nous a le choix entre l’expression de sentiments positifs ou l’expression de sentiments négatifs. Et contrairement à une certaine croyance psychologique, ravaler ses paroles ne donnent pas d’ulcères. Toute thérapie conjugale devrait enseigner aux couples à développer leur intelligence émotionnelle par le partage de sensations agréables, l’expression d’émotions positives et l’échange de pensées heureuses…

Un couple heureux se construit sur ce qui va bien et non en mettant l’accent sur ce qui va mal dans une futile tentative d’améliorer ce qui va mal. Les partenaires heureux arrosent les fleurs, non les mauvaises herbes.

6. Les habiletés relationnelles

Vivre en couple et en société demande certaines habiletés relationnelles, voire une certaine intelligence relationnelle et, nous le répétons, une intelligence émotionnelle qui font que les personnes heureuses ne laissent pas leurs émotions négatives prendre toute la place. Parmi toutes les habiletés relationnelles, les quatre suivantes sont, à mon avis, particulièrement utiles.

L’empathie. L’empathie, base de l’altruisme, est la capacité que possède une personne de se mettre à la place de l’autre et de ressentir ses sensations, émotions et sentiments, sans se laisser envahir par ceux-ci… C’est une habileté particulièrement difficile à développer à l’intérieur d’un couple, là où les émotions plongent au cœur des besoins de chacun des partenaires. Comment ne pas prendre de façon personnelle et rester neutre, mais non indifférent, à l’expression de reproches (justifiés ou non), de peurs, de colère, de tristesse de l’autre? Comment ne pas se sentir responsable lorsque justement notre partenaire semble nous accuser? Les couples malheureux n’y parviennent pas et réagissent par la défensive et la justification, bases de la schismogenèse complémentaire. Les membres des couples heureux y parviennent d’autant plus facilement qu’ils connaissent et acceptent les différences existant entre les sexes et les sensibilités spécifiques de leur partenaire.

L’homme qui reconnaît le besoin de communication verbale à couleur émotive de sa femme et son besoin de dire ce qui ne va pas afin d’améliorer la relation pourra plus facilement rester à son écoute sachant que celle-ci lui sera reconnaissante de lui avoir consacré le temps et l’écoute dont elle a besoin pour se sentir importante à ses yeux. La femme qui reconnaît le besoin de valorisation de l’homme et son ultra sensibilité à toute critique même dite positive pourra constater l’avantage qu’elle peut en retirer en transformant ses plaintes en demandes et obtenir ainsi l’attention que ses commentaires positifs lui mériteront. Exprimer le désir d’une sortie en couple est beaucoup plus efficace que de dire: « On ne sort jamais » ou pire « Tu ne me sors jamais ». Accepter de se laisser influencer par le style de son partenaire permet d’améliorer l’empathie qui facilite l’acceptation du style de son partenaire, créant ainsi une « uniongenèse » complémentaire.
Écouter une personne selon ses schèmes de référence à elle, sans la juger, lui permet de développer une attitude positive vis-à-vis d’elle-même et de reconnaissance face à l’autre. Être écouté de façon empathique facilite l’acceptation de soi-même et permet de mieux se connaître, mieux se définir et de se positionner plus facilement par rapport à l’autre.

L’empathie n’est ni validation, ni compassion, mais bien acceptation de l’autre comme autre. Ce faisant, l’autre peut se permettre d’être encore plus transparent et vrai. Sans devenir le thérapeute de son partenaire, ce qui est de toute façon impossible en raison de la charge émotive impliquée, l’empathie entretient la complicité et l’amour. L’empathie demande évidemment une force de caractère et une maturité émotionnelle au-dessus de la moyenne. Il n’est donc pas surprenant qu’à peine 20 % des couples soit heureux à long terme. Bonne nouvelle, l’empathie, tout comme les autres habiletés relationnelles, peut toutefois s’apprendre.

Dans ce domaine, comme dans certains autres domaines relationnels, la femme a généralement plus de facilité à « sentir » les autres. Plus nous sommes sensibles à nos propres émotions, plus nous pouvons déchiffrer les émotions des autres à partir d’indices corporels, du ton de la voix ou de ce que le contenu des paroles laisse sous-entendre. Les hommes ont plutôt appris à travers leur histoire millénaire de chasseur et par leur éducation à contenir leurs émotions et à se montrer impassibles. Les hommes auraient avantage à se laisser influencer par leurs partenaires sur le plan de l’empathie et des habiletés relationnelles.

L’ouverture. Nulle relation au long cours n’est possible sans ouverture de soi, sans prendre le risque de se faire connaître tel que nous sommes. Quelque part la séduction, nécessaire pour attirer quelqu’un vers soi, n’est finalement que tromperie. Cette supercherie doit toutefois cesser pour que, la phase passionnelle terminée, puisse se construire un couple basé sur la réalité des deux partenaires. Nous avons vu que nombre de personnes n’y parviennent pas et repartent à la recherche d’une nouvelle passion ou se résignent et cherchent des compensations à l’extérieur du couple. Les autres osent montrer leur vulnérabilité, leurs sensibilités, leurs rêves, leurs espoirs, mais aussi leurs craintes, leur fragilité. L’ouverture de l’un stimule généralement l’ouverture de l’autre et jette ainsi les bases d’une véritable complicité où chacun est prêt à prendre soin de l’autre. Cette ouverture de soi à l’autre qui, finalement, est aussi une ouverture à soi, nécessite un véritable lâcher prise et un dépassement de la peur du jugement et de la crainte que ce que l’on révèle à l’autre puisse être utilisé contre soi, ce qui arrive fréquemment lors des disputes chez les couples malheureux.

D’un autre côté, l’ouverture ne signifie nullement de tout dire; chacun a droit à sa vie privée, à ses pensées secrètes, à des désirs inavouables, tant que cette vie, ces pensées et désirs ne viennent pas saper les bases de la relation amoureuse et respectent les ententes implicites et explicites des partenaires. L’ouverture à son partenaire n’exclut pas non plus l’ouverture à d’autres: chacun a droit à des amis avec qui partager des pensées et des activités. Nul besoin non plus de toujours dire la vérité, surtout si celle-ci risque de détériorer la relation. Il faut savoir faire la part des choses…

Les couples heureux savent doser ce paradoxe de la révélation de soi et l’évitement de sujets sensibles ou tabous. Mais il ne faudrait pas que le silence de l’un se fasse par peur de réactions négatives de l’autre ou qu’il laisse place à l’émergence d’un doute par l’autre. Par exemple, taire un repas de trois heures avec un collègue de travail de l’autre sexe et particulièrement charmant à la question « Où étais-tu ce midi quand j’ai cherché à te joindre au bureau? » peut poser un sérieux problème. Dire la vérité pourrait froisser et ne pas la dire laisser place à la suspicion. Habituellement, chez les couples heureux, le partenaire appréciera la vérité même si celle-ci provoque un petit pincement au cœur, car il saura que l’autre est vrai et transparent. Il n’y a pas place pour la jalousie et la possession dans un couple heureux, chacun est toujours libre et responsable de ses actions et de ses conséquences.

L’affirmation de soi. Les psychologues appellent « assertion » l’affirmation de soi. L’assertion (self-assertion ou assertiveness) est la capacité que possède une personne d’exprimer clairement ses pensées et sentiments de façon respectueuse pour elle-même et pour l’autre. Cette assertion se situe entre la soumission à l’autre et l’agression de l’autre. Elle ne brime pas les droits de l’autre et ne sait que faire de la culpabilité ou de la peur de blesser l’autre. L’assertion repose sur la prémisse que chaque être humain a le droit d’exprimer son opinion, d’en prendre la responsabilité et de laisser à l’autre la responsabilité de sa réaction. L’assertion est essentielle à une communication ouverte.
L’affirmation de soi présuppose la confiance en soi, le sentiment de sa propre valeur (estime de soi) et la conscience de soi. La confiance en soi repose sur le regard posé sur soi-même et ne dépend pas du regard de l’autre. L’estime de soi part du principe que nous sommes une personne valable qui a le droit de profiter de ce que la vie a de meilleur à offrir. La conscience de soi se développe à partir d’expériences qui nous renseignent sur nos forces et nos faiblesses. La personne assertive est proactive, capable de confrontation lorsque la situation l’exige pour faire respecter ses droits et se sent libre de s’exprimer, même si elle sait qu’elle ne sera pas approuvée par l’autre. Elle s’exprime en « Je » et non en « Tu » ou « On ». Elle sait rester calme, même dans des situations tendues, et prend le temps de respirer pour garder le contrôle de ses pensées et sentiments. Elle sait aussi utiliser son corps et sa voix, son langage non verbal (93 %) pour appuyer ses dires (7 %).
Les partenaires des couples malheureux, au contraire, s’expriment agressivement et qualifient fréquemment leur agressivité de « caractère fort ». Très fréquemment, le plus timide des deux adoptera rapidement une attitude passive devant les montées de colère de son partenaire, se distancera graduellement de l’autre pour se protéger et perdra lentement sa confiance et son estime de soi. La position du plus colérique n’est pas plus avantageuse, car il a alors l’impression que l’autre lui échappe. L’accumulation réciproque de sentiments négatifs ne peut que perturber la relation et se manifester sous différentes formes, dont la perte de libido et l’intention délibérée de faire mal à l’autre par des paroles blessantes…

Le positivisme. D’après les chercheurs, les couples heureux utilisent au moins cinq fois plus de paroles et de comportements positifs dans leurs discussions que les couples malheureux. Ils s’expriment de l’affection, utilisent l’humour, valorisent leur partenaire, le touchent, le remercient là où les couples malheureux font appels aux menaces, au chantage, au contrôle, aux critiques ou au retrait dans le silence. Rappelez-vous les quatre cavaliers de l’Apocalypse de Gottman. Les couples heureux apprennent à transformer leur négativité en positivisme, parce qu’ils sont fondamentalement réalistes et non idéalistes. Les idéalistes augmentent d’autant leurs frustrations que leurs idéaux sont éloignés de la réalité. Ce qui les pousse et les justifie à critiquer cette réalité dont leur partenaire fait partie. Plus les attentes sont grandes et illusoires, plus les déceptions sont sévères.
Les gens heureux sont portés vers la gentillesse, tout en restant vrais. Ils sont attentifs aux autres et particulièrement à leur partenaire, la personne qui, après eux-mêmes, est la plus importante de leur vie. Les membres des couples heureux considèrent leur partenaire comme un invité spécial dans leur vie et se comportent envers lui comme ils se comportent envers leurs amis les plus chers, c’est -à-dire avec respect et déférence. Lorsqu’on écoute les conversations des couples malheureux, on constate que les membres de ces couples interprètent négativement les paroles, actions et réactions de leur partenaire…

Croyez-vous que l’homme qui accuse sa femme d’être « frigide » a des chances d’augmenter la fréquence et surtout la qualité de ses rapports sexuels? Croyez-vous que la femme qui accuse l’homme de toujours chercher à avoir raison augmente la probabilité que celui-ci l’écoute plus attentivement? Dans les deux cas, inconsciemment et involontairement, cet homme encourage la non réceptivité sexuelle de sa partenaire et cette femme, la tendance à l’argumentation de son conjoint…

Les partenaires heureux sont moins portés à blâmer ou critiquer leur partenaire. Loin de remettre en question l’amour ou la bonne foi de leur partenaire, ils cherchent plutôt à comprendre les raisons véritables des comportements agréables ou désagréables de leur partenaire. Ils sont plus réalistes et moins subjectifs. Ils n’attribuent pas de motivations égoïstes à leur partenaire. Les membres des couples heureux ont des projets à court, moyen et long terme qui, avec la réalisation de chacun, leur permettent d’entretenir un optimisme profond dans l’avenir de leur couple. Chaque objectif atteint les encourage à persévérer dans la recherche de nouveaux objectifs. Chaque parole positive, chaque geste valorisant, chaque crise surmontée leur confirme que la vie à deux est possible et enrichissante, même si parfois difficile. Ils préparent avec fébrilité leur mariage; ils sont impatients d’acheter leur maison; ils attendent avec enthousiasme l’arrivée de leurs enfants; ils fêtent les réussites professionnelles de chacun; ils ont des moments privilégiés (des rituels) en famille et ils ont hâte aussi au départ des enfants pour se retrouver en tant qu’amants et réaliser de nouveaux rêves. Même dans les épreuves, ils réussissent à voir le bon côté des choses. Ils voient toujours le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Ils savent aussi s’entourer d’amis positifs et heureux en couple et entretiennent avec leurs familles respectives des relations significatives. Les partenaires heureux ont généralement eu des parents heureux.

Il existe certes d’autres habiletés relationnelles importantes pour la réussite d’un couple, telles que la patience, l’adaptabilité, l’altruisme, la quiétude, une bonne mémoire, la rationalité, le romantisme, la bonne humeur, la capacité de s’apaiser, un bon contrôle de l’anxiété, le leadership, la coopération, le sens éthique, mais je crois que les quatre habiletés décrites ci-dessus sont primordiales. En fait, il y en a une autre que j’estime importante: la capacité de bien s’entendre avec les autres de telle sorte que tous et chacun y trouvent son compte, soit la négociation.

7. L’art de la négociation

Toute relation intime implique la rencontre de deux univers différents, deux univers qui se complètent et qui s’opposent. L’autre n’est pas un clone de nous-même, ni l’incarnation de notre princesse ou prince charmant qui n’existe que dans nos fantasmes. Il y aura donc inévitablement des sources de conflits et des crises. Chez les couples malheureux, les différends deviennent des blocages permanents alors que les couples heureux ne cherchent plus, après un certain temps, à résoudre ces blocages: ils apprennent à les gérer de telle sorte qu’ils n’empoisonnent pas leur existence…

Les partenaires heureux n’essaient pas à tout prix d’établir un consensus: plus que la résolution de conflits, ils veulent préserver la qualité de leur relation et de leur amour. Ils préfèrent être heureux plutôt que d’avoir raison ou le dernier mot. Ils sont passés maîtres dans l’art de désamorcer les conflits, dans l’art de la négociation, car ils savent qu’à l’intérieur d’un couple il ne peut y avoir que deux gagnants ou deux perdants. Mais quelle est la différence entre compromis, prix à payer et négociation?

Contrairement à la croyance populaire, les couples heureux ne font pas de compromis; ils seraient au contraire plutôt exigeants. Dans un compromis, les deux protagonistes cèdent un peu de terrain pour sauver la face, mais se retrouvent avec une position insatisfaisante pour les deux, une situation perdant-perdant. Certaines situations (aller voir un film d’action ou une comédie romantique) sont sans trop de conséquences, mais d’autres sont beaucoup plus dramatiques: si la libido de l’un des partenaires exige trois relations sexuelles par semaine et celle de l’autre, une seule, le compromis à deux rapports intimes par semaine ne fera qu’augmenter la frustration des deux partenaires. La dynamique perdant-perdant, même sur des enjeux mineurs, ne peut qu’être nocive avec le temps. L’objectif d’une bonne négociation est d’arriver à une situation gagnant-gagnant. Dans le premier cas, chacun peut aller voir le film désiré chacun de son côté et se retrouver à la sortie du cinéma ou, mieux encore, trouver une comédie romantique remplie d’action ou un bon suspense autour d’une relation amoureuse. La différence de libido est certes plus difficile à surmonter, mais il arrive souvent que tout ne soit qu’une question de « timing » ou que les partenaires puissent à tour de rôle prendre l’initiative de la relation et du déroulement de celle-ci. Les hommes (ce sont généralement eux qui ont une plus forte libido) devraient se rappeler que les femmes ont généralement besoin de se sentir appréciées pour elles-mêmes, et détendues, pour être plus réceptives à l’intimité sexuelle. Il serait peut-être utile qu’ils remettent à l’ordre du jour toutes les techniques de séduction qu’ils ont utilisées lors de la lune de miel, alors qu’ils faisaient l’amour jusqu’à cinq fois par semaine.

Les couples heureux acceptent toutefois de payer le prix qu’il faut pour obtenir ce qu’ils veulent; ils prennent la responsabilité de leurs besoins et désirs et utilisent les stratégies nécessaires pour les satisfaire. Ils acceptent, par exemple, de payer un montant élevé pour une bonne bouteille de vin, mais ils exigent d’en avoir pour leur argent et n’hésitent pas à retourner la bouteille s’ils ne sont pas satisfaits. Faire un compromis serait, comme l’affirme un dicton populaire, de mettre de l’eau dans son vin. La négociation n’est pas le résultat d’un compromis, mais une entente qui satisfait les deux partenaires. Les couples heureux sont passés maîtres dans l’art de désamorcer les conflits et dans l’art de la négociation, ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’ils trouvent une solution à tous les problèmes, la solution pouvant être qu’il n’y ajustement pas de solution et qu’il faudra apprendre à vivre avec un problème insoluble…

Pour les problèmes solubles, la négociation se fait en cinq grandes étapes: 1. La description du problème; 2. La recherche de solutions; 3. Le choix d’une solution; 4. La mise en pratique de la solution retenue et 5. L’évaluation…

Il faut évidemment rester en état d’écoute active tout au long du processus qui peut être relativement rapide ou prendre parfois quelques jours. Il se peut aussi que le couple n’arrive pas à trouver de solution et doive accepter que le problème soit insoluble. Il ne faut jamais perdre de vue que la communication n’est pas toute-puissante, qu’elle peut être clé de l’amour, mais aussi source de mésentente. Les dynamiques de la communication efficace et de la non violente doivent être préférées aux communications « tu, tu, tu, tu … « , mais n’oubliez pas les limites de ces styles de communication et du fait que vous n’êtes pas des spécialistes de l’écoute active, comme peuvent l’être les thérapeutes.

Toute décision concernant le couple ne doit jamais être unilatérale. À titre d’exemple, j’ai eu un ami, grand amateur de pêche, qui avait toujours rêvé d’avoir un pied-à-terre au bord d’un lac. Un jour, il apprend à sa femme, sans jamais lui avoir parlé de ce rêve en détail, qu’il vient de faire l’acquisition d’un magnifique chalet avec deux chambres et qu’enfin ils pourront profiter de leurs vacances annuelles et de leur temps libre pour aller pêcher tous deux et en famille. Quelle ne fut pas sa surprise de voir sa femme éclater en sanglots. Pour elle, ce chalet représentait davantage l’esclavage d’une deuxième maison à ranger et à récurer qu’une source de plaisirs; elle aurait plutôt préféré utiliser leurs économies pour se payer un voyage annuel en amoureux dans un pays exotique, quitte à prévoir une excursion de pêche lors de chaque voyage…

Dans la communication entre deux personnes, il n’existe qu’un seul tuyau pour transporter les messages positifs et les messages négatifs. Les messages positifs sont généralement reçus de façon positive, quoiqu’il puisse y avoir des exceptions et des interprétations de la part du receveur. Les messages négatifs suscitent généralement une réaction aussi négative, à moins d’un excellent sens de l’humour du receveur. Mais il est certain que l’émission continuelle de messages corrosifs ne peut que donner avec le temps un mauvais goût aux messages positifs expédiés dans le même tuyau. Cette image démontre bien que chacun est responsable de son bout de tuyau et non des deux bouts. Un partenaire peut expédier un message positif qui peut être reçu comme un message toxique sans que l’émetteur ait une quelconque responsabilité dans la réception du message. Seule la perception de l’autre est en cause; encore faut-il que le message ait été expédié « clair comme de l’eau de roche ». Dans une négociation, je n’ai de pouvoir que sur mon bout du tuyau et aucun sur l’autre bout. Je suis responsable de ma façon de dire les choses et d’interpréter les messages de l’autre. Je peux chercher à avoir raison en imposant ma façon de voir ou décider d’être heureux en acceptant aussi d’être influencé par l’autre.

Le bonheur conjugal est donc fait de bonheur personnel, du choix d’un partenaire compatible quoique imparfait, de la connaissance de soi et de l’autre en tant que personne unique et sexuée, d’une prise de responsabilité totale de l’état du couple, de la capacité de contenir ses pulsions et de gérer ses émotions, de l’acquisition d’habiletés relationnelles efficaces et d’une excellente capacité de négociation à double gagnant. Lorsque tous ces ingrédients sont présents, la vie amoureuse et la vie sexuelle sont resplendissantes.


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